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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 11:18
Dîner officiel G20 2018 (Hambourg) - Felipe Trueba/Pool/EPA

Dîner officiel G20 2018 (Hambourg) - Felipe Trueba/Pool/EPA

Voici la deuxième partie de l'album "Instantanés diplomatiques". Vous y trouverez quelques photos mettant en avant poignées de main (plus ou moins) historiques, rencontres (planifiées ou fortuites), rapprochements (assumés ou regrettés), connivences (réelles ou de façade), toujours sur la période 2000-2018. Attention, certaines photos "dynamiques" défilent automatiquement. 

Dîner officiel, au premier plan F. Hollande et A. Merkel, 2013 - Reuters

Dîner officiel, au premier plan F. Hollande et A. Merkel, 2013 - Reuters

Les experts en diplomatie ne souligneront jamais assez l'importance d'une mécanique bien huilée dans l'organisation des rencontres entre chefs d'Etats et de gouvernements : du protocole d'accueil à l'élaboration du plan de table, la moindre erreur peut être fatale. Mais parfois, les leaders nous donnent l'impression de faire ce qui leur passe par la tête. 

Inspiré, le Premier ministre canadien J. Trudeau entraîne les présidents B. Obama (Etats-Unis) et E. Peña Nieto (Mexique) dans... quelque chose lors d'un sommet (29 juin 2016).

 

Le président américain Donald Trump nous a appris, avec pertes et fracas, que la poignée de main est un art complexe, constitué de techniques et manœuvres délicates destinées tant à garantir l'intégrité physique de l'interlocuteur qu'à éviter d'attiser les pulsions analytiques des médias (et spécialistes du langage non verbal). Autrement dit, mal serrer la main peut être perçu (souvent à tort et à travers) comme une marque d'agressivité, de faiblesse, de maladresse ou de malaise, dont les conséquences diplomatiques seraient disruptives (oui, je rêvais de placer ce mot).

Le Premier ministre indien N. Modi, d'ailleurs réputé pour ses "hugs", a marqué les esprits et la chair du prince William avec ses puissantes poignées de main (12 avril 2016 - Harish Tyagi/European Pressphoto Agency)

L'un des exemples les plus commentés de poignées de main épiques est sans doute celui impliquant Donald Trump et le Premier ministre japonais Shinzo Abe, lors d'une rencontre organisée à la Maison Blanche le 10 février 2017. De façon notable, Donald Trump a tenu ("agrippé" ou "pris en otage" selon certains) la main de son homologue japonais durant 19 pénibles secondes (je ne sais pas pour vous, mais toute personne qui conserve aussi longtemps ma main dans la sienne est coupable d'agression). On se demande ce qui a pu passer par la tête du dirigeant japonais pendant cette longue poignée de main. Mais bon, Shinzo Abe se devait d'être conciliant, étant venu proposer à Donald Trump un plan de coopération évalué à 17 000 milliards de yens. Cela justifiait bien de subir quelques désagréments.

 

La fameuse poignée de main de D. Trump et S. Abe, 19 février 2017 (Reuters/Getty)
La fameuse poignée de main de D. Trump et S. Abe, 19 février 2017 (Reuters/Getty)

La fameuse poignée de main de D. Trump et S. Abe, 19 février 2017 (Reuters/Getty)

Justin Trudeau (13 février 2018) et Emmanuel Macron (25 mai 2017) étaient prévenus.Justin Trudeau (13 février 2018) et Emmanuel Macron (25 mai 2017) étaient prévenus.

Justin Trudeau (13 février 2018) et Emmanuel Macron (25 mai 2017) étaient prévenus.

Plusieurs chefs d'Etats sont des utilisateurs confirmés des réseaux sociaux et ont bien compris que leurs comptes Twitter leur permettaient de communiquer sans filtre avec le grand public, notamment à grands renforts de selfies (ou "égoportraits" chez certains de nos cousins francophones). Le Premier ministre indien Narendra Modi en fait partie. Ne se séparant jamais de son fidèle smartphone, il immortalise parfois ses rencontres avec les personnalités du monde entier pour ensuite publier les photos. Du moins, il a été victime d'une phase d'addiction au selfie, car une récente consultation de ses comptes de réseaux sociaux montre qu'il se prête désormais moins souvent à ce petit jeu.

Le Premier ministre Modi avec son homologue chinois Li Keqiang, 15 mai 2015 (PTI)

Si la lubie du Premier ministre Modi fait sourire, sertains "selfies diplomatiques" ont été accueillis avec moins de bienveillance par les médias et le grand public. De façon notable, celui pris par le président américain Barack Obama avec la Première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt et le Premier ministre britannique David Cameron le 10 décembre 2013, durant... la cérémonie d'hommage à l'ancien président sud-africain Nelson Mandela, qui venait de décéder.

Des critiques ont rapidement été adressées à Barack Obama pour ce cliché pris dans un contexte solennel de recueillement. Toutefois, un doute a été soulevé sur l'identité du propriétaire du téléphone, certains journalistes ayant conclu, après avoir reconstitué la scène, qu'il appartenait en réalité à la Première ministre danoise (qui aurait donc initié le projet "selfie"). On s'est aussi demandé, à grands renforts de surinterprétation, si Michelle Obama était en colère. Mais il semblerait qu'elle ait tout simplement été concentrée. On ne saura jamais la vérité, ce qui troublera nos sommeils.

Tout aussi marquant, le selfie publié le 9 avril 2018 sur le compte Twitter du Premier ministre Saad Hariri, en compagnie du Prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane et du Roi du Maroc Mohammed VI, dans un restaurant parisien huppé #Closer

 

Il n'y a pas que les selfies qui bousculent le protocole. L'originalité et les mœurs locaux peuvent amener les chefs d'Etats à se plier à des exercices auxquels ils ne sont pas rompus (et qu'ils ne sauraient refuser sous peine de vexer leurs homologues...). Il faut aussi éviter de transgresser certaines règles protocolaires, spécifiques aux monarques. On se souvient avec émotion des impairs de nos présidents français ayant osé toucher le dos de la reine d'Angleterre Elizabeth II (ex : Jacques Chirac en 2004) ou lui tendre la main avant qu'elle n'ait pris l'initiative (de droit divin) d'amorcer le mouvement (ex : François Hollande en 2014). On ne touche pas à la Reine que diable!

 

"Oups"."Oups".

"Oups".

En bref, le PROTOCOLE, TOUJOURS LE...

Visite de D. Trump en Arabie Saoudite en mai 2017.
Visite de D. Trump en Arabie Saoudite en mai 2017.

Visite de D. Trump en Arabie Saoudite en mai 2017.

Bon, d'accord, on peut faire ce qu'on veut, comme le montre la photo du président américain Donald Trump, du roi Salman d'Arabie Saoudite et du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi placés autour d'un globe lumineux (sorti tout droit de l'imagination de Tolkien?) à l'occasion de l'ouverture du "Global Center for Combating Extremist Ideology", ou de la participation de Donald Trump à la cérémonie de la danse des sabres (mai 2017).

George W. Bush et Tony Blair (2001 et 2003) - Archives de la Maison Blanche/Mario Tama/EPA.
George W. Bush et Tony Blair (2001 et 2003) - Archives de la Maison Blanche/Mario Tama/EPA.

George W. Bush et Tony Blair (2001 et 2003) - Archives de la Maison Blanche/Mario Tama/EPA.

Les relations internationales, ce sont aussi de belles complicités... un peu comme celle du président américain George W. Bush et du Premier ministre Tony Blair, qui ont toujours pris soin d'afficher un front uni (en tant que leaders du monde libre, en Amérique et en Europe) sur fond de lutte contre le terrorisme et d'invasion américaine (aussi qualifiée d'opération "Liberté irakienne"). Mais ça, c'était bien avant qu'en 2016, le rapport de John Chilcot sur le rôle du Royaume-Uni dans la guerre contre l'Irak conclue que l'invasion était prématurée et n'accuse Tony Blair d'avoir suivi aveuglément George W. Bush . 

Visite du leader nord-coréen Kim Jong-Un en Corée du Sud, 27 avril 2018 (Korea Summit Press Pool/AFP/Getty Images)
Visite du leader nord-coréen Kim Jong-Un en Corée du Sud, 27 avril 2018 (Korea Summit Press Pool/AFP/Getty Images)
Visite du leader nord-coréen Kim Jong-Un en Corée du Sud, 27 avril 2018 (Korea Summit Press Pool/AFP/Getty Images)

Visite du leader nord-coréen Kim Jong-Un en Corée du Sud, 27 avril 2018 (Korea Summit Press Pool/AFP/Getty Images)

Ce qu'on aime le plus dans les relations internationales, c'est le moment où elles se réchauffent. Deux Etats brouillés depuis les calendes grecques décident de renouer des liens diplomatiques ou commerciaux, à la faveur d'un changement de circonstances géopolitiques, de l'élection/désignation d'un nouveau chef d'Etat ou tout simplement de la lassitude. Ci-dessus, une série de photos qui pourraient marquer l'histoire des relations internationales car elles illustrent une rencontre entre les leaders nord et sud-coréen, Kim Jong-Un et Moon Jae-In, le 27 avril 2018. Les deux hommes se saluent d'abord par-dessus la ligne de démarcation militaire séparant les deux pays, avant que Kim Jong-Un ne devienne le premier leader de son pays à traverser cette ligne depuis la fin de guerre de Corée. Tout un symbole... suivi de près (juin 2018) par une autre rencontre historique entre Donald Trump et le leader nord-coréen.

Première rencontre d'un chef d'Etat américain (D. Trump) avec un leader nord-coréen en juin 2018 à Singapour, Saul Loeb/AFP/Getty.
Le rapprochement entre les Etats-Unis et Cuba, matérialisé par une rencontre entre Barack Obama et Raul Castro le 22 mars 2016 (AP). L'histoire d'une accolade ratée...

D'autres pays ont décidé d'enterrer la hache de guerre dans les années 2010. Les Etats-Unis et Cuba, par exemple, ont entrepris de rétablir leurs relations diplomatiques durant le deuxième mandat de Barack Obama. Sur cette base, les Américains ont été de nouveau autorisés à se rendre à Cuba, les lignes téléphonique et postale ont été rétablies et les sanctions économiques visant l'île ont levées... un réchauffement rapidement compromis par l'accession de Donald Trump au pouvoir. Ce dernier a en effet effectué plusieurs déclarations hostiles à l'endroit du pouvoir cubain avant et depuis son investiture.

Les années 2010 ont été marquées par d'autres actes destinés à amorcer ou renforcer le processus de réconciliation entre d'autres pays.

Quelques mois après s'être rendus ensemble à Hiroshima, le Premier ministre japonais S. Abe et le président américain B. Obama se retrouvent à Pearl Harbour pour rendre hommage aux victimes de l’offensive du 7 décembre 1941 (Nicholas Kamm/AFP).
Poignée de main entre les dirigeants chinois Xi Jinping et taïwanais Ma Ying-jeou (7 novembre 2015), alors que les deux gouvernements ont durant 66 ans refusé d'entretenir des contacts diplomatiques (Kua Chee Siong).

 

AFP - S. de Sakutin

Pour finir, une photo un peu étrange. Celle du montage de la tente bédouine du feu leader libyen Muammar Khadafi le 10 décembre 2007 à l'Elysée, plus précisément dans les jardins de la résidence officielle de l'Hôtel Marigny. Une première visite en France (depuis trois décennies) qui a embarrassé l'opinion publique et contraint le président d'alors, Nicolas Sarkozy, à expliquer qu'il ne voyait pas de raison de refuser de recevoir le dirigeant libyen.

Pour l'anecdote, deux ans plus tard, le 24 septembre 2009, le colonel Khadafi a envisagé de planter sa tente aux Etats-Unis dans le domaine de Bedford (banlieue de New-York), possédé par un certain milliardaire nommé Donald Trump. Mais les pressions du gouvernement et de nombreuses personnalités politiques américaines, associées à la demande pressante de Donald Trump (qui avait déclaré ne pas savoir à qui il avait loué son domaine), ont obligé le leader libyen à renoncer à son lieu de villégiature alors que la tente était en cours d'installation...

 

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