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6 juillet 2019 6 06 /07 /juillet /2019 13:26
L’association des Contributeurs et Directeurs de Publications Anonymes (CODIPAN)

Procès-verbal

Réunion de l’association des Contributeurs et Directeurs de Publications Anonymes (CODIPAN)

18 juin 2019

Salle 114, Faculté de droit de Paris-Porréal Un-Peu-Plus-Au-Nord-Est

Présents : Mariska Borloustzcvich, Nicolaï Chevallier, Yann Destrier, Anissa Gotrin, Lucas Hives, Lenaïs Menhir, Claire Paquet de Cristofis, Sabrin Rochas, Hervé Valoche, Martine Vernasi et un certain nombre de personnes ayant omis de signer la feuille de présence [i.e. auxquelles l’auteur de ce blog n’a pas envie de donner de nom].

Excusés : Lauranne Cheminée, Conrad Dichotome, Elodie Maliki, Abdel Iss, Christiane Plonjon, Jarod Sakay.

Début de la réunion à 12h24

Point 1 : Errances procédurales

En sa qualité de président suprême de l’association, Hervé Valoche souhaite la bienvenue aux participants, non sans déplorer le début tardif de la réunion résultant de l’arrivée progressive des membres sur une période de 24 minutes. Il est rappelé aux enseignants-chercheurs que « je n’avais pas vu l’heure », « j’ai croisé la Doyenne », ou « je finissais de rédiger un courriel » ne sauraient constituer des motifs décisifs ou excusables de retard.

La trésorière, Claire Paquet de Cristofis, propose une motion visant à verrouiller la porte pour empêcher l’arrivée d’autres retardataires. La motion est adoptée à une majorité de 10 contre 8.

Affirmant s’exprimer au nom d’une majorité silencieuse, Anissa Gotrin demande l’ajout à l’ordre du jour d’une discussion relative à l’adéquation du titre de « président suprême », considéré comme « excessif ». Pointant du doigt l’horloge de la salle (hors service depuis 2014), le président suprême rappelle à tous que la réunion a déjà pris du retard et suggère que l’étude de la question soit reportée à la prochaine assemblée générale.

Un débat houleux s’ensuit sur la rédaction du procès-verbal, après qu’il ait été constaté que personne n’en a assumé la responsabilité depuis le début de la réunion. La lecture des statuts et l’invocation d’une coutume associative s’avérant infructueuses, le secrétaire général Yann Destrier se livre de mauvaise grâce à l’exercice malgré une injustice flagrante qui entraînera sans doute des représailles légitimes.

Un membre retardataire tente en vain de forcer la porte pour rejoindre la réunion. Il se résout à partir après une dizaine de secondes de silence pesant.

Point 2 : Activités à venir

Le Directeur des activités festives, Sabrin Rochas, rappelle aux membres que la prochaine édition du BMIJ (prononcer « Bémij » – Barbecue-Margarita-Inter-Juristes) se tiendra le samedi 22 juin à partir de 13h30. Le partenariat établi avec les collègues sociologues du laboratoire S.O.L.O. permettra aux participants de bénéficier pour la première fois de divertissements variés : tombola, dégustation de spiritueux et initiation à la sculpture de glace, entre autres.

La vice-présidente Martine Vernasi exprime sa grande perplexité, estimant qu’il est peu judicieux d’investir dans une telle activité durant un épisode de canicule, et certainement hasardeux de confier des objets pointus ou tranchants à des universitaires à la suite d’une dégustation d’alcools à forte intensité. Un débat nourri est alimenté par les remarques de plusieurs membres. Faute de consensus toutefois, et face au refus des membres d’organiser un nouveau vote sur une « question anecdotique », les activités susmentionnées sont maintenues.

Manifestement soulagé, Sabrin Rochas rappelle enfin aux membres que tous doivent apporter des gâteaux faits maison à la rencontre.

Point 3 : Vie de l’association

Hervé Valoche se réjouit de voir le nombre de membres du CODIPAN augmenter. Il considère toutefois que la popularité de l’association démontre le mal-être croissant des universitaires face à des calendriers d’écriture de plus en plus chargés. La doctrine du « Je suis hélas indisponible » semble avoir de la peine à s’ancrer dans la pratique académique.

Le phénomène entraîne des conséquences dramatiques pour les vies professionnelle et personnelle des universitaires : travail nocturne ; irritation ; alimentation peu équilibrée ; stress accru des directeurs de publication ; scories dans les ouvrages ; etc. Le président suprême scande avec vigueur – il frappe à trois reprises du poing sur la table – la cinquième maxime du CODIPAN : « le malheur des contributeurs cause le malheur des directeurs de publication ».

Une fois la flaque de café sur la table épongée, Hervé Valoche poursuit son propos introductif. Des phrases révélatrices du mal-être académique en matière de calendrier d’écriture intègrent les échanges quotidiens des universitaires : « As-tu déjà rendu ton chapitre ? », « Mille excuses », « Je suis sous l’eau », « J’espère ne pas être le dernier », « Je suis parti en weekend en oubliant mon ordinateur, lol », « EDF a coupé mon courant, je t’écris depuis chez une amie ». Enfin, les alliances précaires entre contributeurs retardataires se font de plus en plus fréquentes, dans le but de « pigeonner » les directeurs de publication.

Lenaïs Menhir intervient alors, affirmant que les colloques sont la première cause de ce mal : appâtés par la perspective d’un déplacement dans un département inconnu ou par celle de retrouvailles avec des collègues appréciés, les intervenants ont rarement conscience de l’étendue réelle de leur engagement. Ce n’est qu’après avoir accepté d’assurer une communication orale qu’ils découvrent « avec effroi » le projet de publication associé et s’engouffrent dans la « spirale du déni ».

Après s’être fait discrètement expliquer les denses et techniques propos de son collègue, Hervé Valoche approuve vigoureusement, rappelant qu’il a lui-même fait preuve de faiblesse : le président suprême a accepté, quelques mois plus tôt, d’intervenir dans deux colloques qui, en raison d’un alignement défavorable de planètes (et surtout d’une grève perlée des transports ferroviaires), ont finalement été organisés le même jour. Embarrassé, il a jugé préférable de maintenir ses interventions dans les deux manifestations malgré leur tenue dans les locaux d’universités séparées par trois lignes de RER et une correspondance à Châtelet-les-Halles. Pris de vertige durant le cocktail du second colloque, il a été contraint de quitter les lieux en urgence, à regret, après seulement cinq flûtes de champagne et trois bouchées au saumon.

Le CODIPAN se réjouit de l’organisation en 2021 d’un congrès commun avec l’association des « Acquiesceur.se.s anonymes », dont le rapport annuel 2018 qualifie (p. 107) le retard éditorial d’« addiction manifeste », laissant ainsi entendre que certains universitaires verraient la surcharge d’écriture comme le « sel de la vie ».

Point 4 : Témoignage des membres

Conformément à l’ordre du jour, les témoignages de trois membres sont présentés aux fins de partage d’expérience. Leurs noms ne sont pas reproduits dans le procès-verbal afin de préserver leur honneur, conformément à la motion adoptée le 17 janvier 2016.

a) Membre X

Le membre X, « publiant fréquent », estime être en situation de cavale permanente, au point de ne plus oser mener une quelconque activité sur les réseaux sociaux, même sous pseudonyme. La situation est devenue particulièrement gênante lorsque son fils Raùl [le nom a été modifié] a croisé la fille de sa directrice de publication dans la cour de récréation et que cette dernière a interrogé son camarade sur des thématiques étrangement ciblées (ex : « Est-ce que ton père passe beaucoup de temps devant son ordinateur en ce moment ? »).

Le membre X a alors poussé son fils à corrompre la fille de sa directrice de publication avec une quantité certaine de confiseries, afin que celle-ci aille rapporter à sa mère que le pauvre contributeur avait été porté disparu au Guatemala lors d'une mission humanitaire et ne serait sans doute pas libéré avant au moins quinze jours (ce qui était particulièrement dommage car « il ne lui restait plus que cinq lignes à écrire »). Quelques membres de l’association, sidérés, portent la paume de la main gauche ou droite à leur visage.

Le membre X reconnaît s’être « tiré une balle dans le pied à de nombreuses reprises », ayant par exemple accepté d'intervenir dans un colloque en droit des obligations (alors qu’il est spécialiste de droit international public), appâté par la perspective de passer deux jours aux Bahamas « aux frais de la princesse ». L’ouragan Benicio ayant compromis la tenue du colloque, le membre X s’est retrouvé contraint d’écrire une contribution en droit des obligations sans même avoir « vu la couleur de Nassau », ce qui lui a, selon ses propres termes, « servi de leçon ».

b) Membre Y

La membre Y révèle accumuler jusqu’à trois ans de retard dans le rendu de certaines contributions, au point que plusieurs de ses collègues se demandent si elle a quitté l’enseignement supérieur. Pire encore, la membre Y est parvenue à elle seule à retarder la publication d’un ouvrage collectif de quatre ans, rendant son contenu si obsolète que les directeurs de l’ouvrage ont, de façon stratégique, ajouté le sous-titre « Une perspective historique » à l’intitulé pour ne pas compromettre la parution.

Récemment, mise au pied du mur par la septième relance d’un directeur de publication (arrivée de façon préoccupante par pli recommandé), la contributrice a d’abord envoyé un message sans pièce jointe à son directeur de publication pour gagner quelques heures de répit – il ne lui restait que le II/B à rédiger. A sa grande horreur, le directeur de publication a réagi dans les sept secondes ayant suivi l’envoi du courriel, notant qu’il manquait la pièce jointe.

« Falsificatrice de l’extrême » (selon ses propres termes), la membre Y a alors renvoyé un fichier « .odt » dans lequel elle avait inséré pas moins de trente-six pages de lignes de code java empruntées à son époux programmeur. Inspirés par cette stratégie, deux autres contributeurs retardataires ont fait de même, amenant un directeur de publication déjà épuisé à penser que son ordinateur était vérolé. Lenaïs Menhir constate, non sans gravité, qu’il s’agit là d’un exemple remarquable de « spirale du déni », susceptible de causer la perte des directeurs de publication.

c) Membre Z

Du côté des directeurs de publication, le membre Z dit avoir été tant « poussé à bout » qu’il a frôlé le point de non-retour. Pourchassant en vain plusieurs de ses contributeurs dispersés sur le territoire français, le membre Z s’est surpris à naviguer sur le dark web en quête de prestataires est-européens spécialisés dans la « persuasion physique transnationale ».

Menacé de plainte pour harcèlement par l’un de ses contributeurs, il a fini par réaliser que la situation lui échappait et qu’il risquait le pire. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé à intégrer le CODIPAN.

Un débat animé s’ensuit sur les malheurs des directeurs de publication causés par les « mystifications » ou « chafouineries » récurrentes des contributeurs. Le président suprême lance un appel aux membres afin de constituer un groupe de travail destiné à rédiger des lignes directrices susceptibles d’être diffusées au sein de la communauté universitaire. Le congrès commun de 2021 pourrait éventuellement mener à la création de processus de médiation mis à la disposition du plus grand nombre.

Point 5 : Varia

L’heure « tournant » et de nombreux collègues ayant « vraiment faim », Hervé Valoche conclut en demandant à l’ensemble des membres de prononcer en chœur la première maxime du CODIPAN :

« Cher collègue, je suis malheureusement indisponible en raison d'un programme de travail déjà chargé. Je souhaite toutefois le plus grand succès à votre projet. Bien cordialement, X »

L’ordre du jour étant ainsi épuisé, la réunion s’achève à 13h26.

***

-Dis Hervé, tu sais quel type de gâteau tu vas apporter au BMIJ ? lui demanda gravement Mariska alors que la salle 114 se vidait progressivement.

-Aucune idée, j’avoue n’avoir même pas commencé à y réfléchir… Et toi ?

-J’ai une ou deux idées et j’ai rassemblé de la doc’ mais je suis déjà prise dans la spirale des gâteaux de kermesse pour mes enfants. C’est quand même dans quatre jours… Sabrin va faire la tronche si on ne joue pas le jeu.

-Bah, au pire, je me réveillerai un peu plus tôt samedi pour boucler le gâteau ou j’arriverai en retard au BMIJ, hein. De toute façon, je suis sûr qu’on ne sera pas les derniers.

Ils rirent de façon entendue.

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