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21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 18:53
"Confession en aparté" avec le droit international - 3ème partie

Ce récit est la suite directe de ce billet, qui est lui-même la suite de ce premier billet. Promis, c’est fini.

-On va faire une partie de cache-cache. Je me cache le premier et tu dois me chercher. Ferme les yeux et compte jusqu’à vingt. Enfin… plutôt trente. D’accord ?

Jacques acquiesça, se plaqua les mains sur les yeux et entama un décompte à voix haute tandis qu’Hervé saisissait précipitamment la tablette numérique et fuyait au pas de course. Son instinct lui dictait d’aller chercher refuge là où son fils serait le moins tenté de le débusquer.

-Allez, juste cinq minutes tranquille, souffla-t-il en gravissant les marches de l’escalier.

Etrangement galvanisé par la situation (il avait, depuis le début du confinement, pris l’habitude de visualiser le plan de sa maison comme l’aurait fait Michael Scofield dans la série Prison Break[1]), Hervé énuméra mentalement les pièces disponibles et décida de procéder par élimination. Son protocole d’isolement était désormais rôdé : la cabane de jardin pour les apéros virtuels ; la chambre parentale pour les visioconférences avec les amis ou la famille ; le jardin pour les visioconférences avec les collègues dont les propos étaient ainsi partiellement couverts par le souffle du vent ; le jardin encore, à contrejour et avec des lunettes de soleil, pour les visioconférences avec les collègues les moins appréciés (qui pouvaient envier à loisir son cerisier, ses haies et son toupet académique). Sauf à être assez naïf pour cibler la salle de bains et les toilettes – un choix d’amateur en période de confinement – et doutant certainement de la créativité de son père, Jacques fouillerait d’abord ces trois endroits. Se dissimuler dans la chambre de Raoul était exclu, Hervé ayant une peur bleue de ce qui pouvait se trouver – ou plutôt de ce qu’il risquait de trouver – dans cette enclave adolescente du territoire familial. Tomber nez à nez avec des substances illicites ou des revues licencieuses l’obligerait à en référer à sa compagne et à envisager une discussion dont il était à quelques mois d’être éternellement dispensé. La majorité de Raoul était imminente.

Hervé s’introduisit donc à pas de loup dans la chambre de Jacques, enjamba les dinosaures en plastique que l’extinction de masse (causée par une balle en mousse) avait ventilés dans la pièce, puis se réfugia dans le placard à jouets, entre deux caisses remplies de créatures diverses de la mythologie Star Wars. Il tendit l’oreille, eut la confirmation que Jacques n’était pas venu à bout de son décompte tonitruant et brancha ses écouteurs avec soulagement. La voix apaisante de Pascale Kent fit chuter son rythme cardiaque (quelques secondes d’ailleurs avant qu’un sabre laser factice, placé en position précaire, chutât sur le sommet de son crâne).

-Cher Dip, pour conclure l’émission, je vais vous poser une série de questions auxquelles je vais vous demander de répondre de façon aussi brève que possible. Attention, il y a peut-être des pièges.

-D’accord…, fit Dip, un peu inquiet. Je dois répondre à chacune d’entre elles ? Je veux dire… à toutes ?

-Sentez-vous libre de ne pas répondre si l’une de ces questions vous gêne. Vous êtes prêt ? (il acquiesça). Dip, citez un mot qui vous met mal à l’aise.

-« Souveraineté ». Non, attendez, je voulais dire « guerre ». Oui, c’est ça, « guerre ».

-Musique ou cinéma ?

-N’ayant aucun avenir dans le premier, je vais choisir le cinéma.

-Moniste ou dualiste ?

-Facile. Les deux.

-Bon élève ou cancre ?

-Cancre avec du potentiel.

-Malouines ou Falklands ?

-Euh… joker ?

-Senkaku ou Diaoyu ?

-… Joker aussi. Je n’aime pas la tournure que prend ce questionnaire…

-Vous êtes difficile. J’écarte donc les questions sur les différends territoriaux. Multilatéral ou bilatéral ?

-En ce moment, bilatéral, ascendant régional. Tout dépend de l’éphéméride.

-Votre juridiction internationale préférée ?

-Celle dont les juges ont pris un bon petit déjeuner avant de statuer…

-Eté ou hiver ?

-L’été, pour le réchauffement des relations diplomatiques. L’hiver, pour le gel des avoirs. J’aime bien les printemps aussi, mais ce n’est pas la question je crois…

-Donald Trump ou Vladimir Poutine ?

-Veto !

-Justement : veto ou abstention ?

-Euh… je m’abstiens… de répondre, soyons clairs !

-Fonds marins ou espace extra-atmosphérique ?

-J’ai peur du vide dans les deux cas. Terres émergées ?

-Jus cogens : oui ou non ?

-J’ai peur du vide, ai-je dit, plaisanta Dip.

-Privilège ou immunité ?

-Immunité, c’est plus vendeur.

-ONU ou UE ?

-Vous demandez au Droit européen quand vous l’inviterez !

-Plage ou montagne ?

-Plage. Plus simple depuis La Haye. Moins de conflits territoriaux.

-Traité ou coutume ?

-L’un n’empêche pas l’autre voyons…

-Chapitre VI ou chapitre VII ?

-De la Charte des Nations Unies je suppose ? Le VI, puis le VII. Dans cet ordre.

-S’il fallait renoncer à l’une d’entre elles : la doctrine ou à la jurisprudence ?

-La doctrine disparaîtrait sans la jurisprudence !! Quoique, la jurisprudence deviendrait la doctrine… ?

-G7 ou Conseil de sécurité ?

-Conseil de sécurité, à condition qu’il y ait du réseau.

-Nous avons ainsi fait le tour de mes questions. Je vous remercie d’avoir joué le jeu Dip. Qu’auriez-vous envie de dire aux spectateurs qui nous regardent aujourd’hui et aimeraient suivre votre voie ?

-Ma foi… faites preuve de courage, de pugnacité. Ce n’est pas donné à tout le monde d’être considéré comme un droit digne de ce nom.

-Quelle classe, murmura Hervé, inspiré par cette énième marque de sagesse.

Dip se tourna vers la caméra comme s’il avait entendu la remarque et se mit à scruter Hervé à travers l’écran, les sourcils subitement froncés. Pascale Kent en fit de même, l’air intrigué.

-Vous pensez qu’il a perdu connaissance ou… qu’il dort simplement ? demanda-t-elle à son invité.

-Je ne sais pas trop, répondit Dip. (Il se leva de son siège et s’approcha de la caméra, à la grande stupeur d’Hervé). Hé ho, on se réveille ?

Hervé tressaillit dans l’obscurité du placard à jouets, se demandant si son imagination lui jouait des tours. Il rapprocha finalement son visage de l’écran.

-C’est… c’est à moi que vous parlez, Droit international ? Je veux dire, Dip ?

Dip afficha un air mi-amusé, mi-perplexe. Soudain, ses bras émergèrent de l’écran de tablette et secouèrent vivement Hervé. Terrifié, ce dernier laissa échapper un hurlement tandis qu’une vive lumière l’aveuglait. La tablette lui échappa des mains et glissa le long de ses jambes avant d’atterrir sur un carrelage rouge usé. La secousse se poursuivait, la tachycardie attendait son heure. Hervé grogna et se débattit, parvenant finalement à se défaire de l’emprise… de son fils aîné, Raoul.

-Il est vivant..., fit une voix familière.

-Bien sûr qu’il est vivant, fit une autre voix tout aussi familière.

Hervé recouvrit suffisamment ses sens pour réaliser qu’il n’était plus dans un placard mais dans le transat de sa cabane de jardin. Les membres de sa famille affichaient des regards interloqués.

-Mais…

Il se frotta les yeux, cherchant Dip du regard, mais ne trouva face à lui que Raoul, qui ne lui ressemblait en rien. Au sol, la tablette était restée allumée, diffusant la fin d’une vieille émission dans laquelle feu Alain Bashung, assis dans l’appartement factice d’une émission télévisée, répondait aux questions que lui posait la journaliste Pascale Clarke. Encore étourdi, Hervé dévisagea ses proches qui en firent de même.

-Tu n’avais pas besoin d’aller jusque dans la cabane pour piquer un somme, soupira Lucie.

-O… Où est Dip ? bégaya Hervé en remontant ses lunettes sur l’arête de son nez.

-Dip ?

-Le droit international. Dip !

-Le droit international ? ricana Raoul. Papa, tu as eu une révélation ? Le droit international t’a parlé durant ta sieste ?

Hervé déglutit, déboussolé. Un rayon de soleil proche de la lumière divine projetait un halo troublant sur la tablette gisant à terre. Alain Bashung y répondait aux questions de l’animatrice avec un flegme des plus charismatiques, évoquant sa carrière et ses projets. Emergeant progressivement des brumes de son esprit endormi, Hervé se rappela être parti dans le jardin pour se reposer après un déjeuner un peu trop riche et s’être fourvoyé dans les suggestions vidéos de son application Youtube. Il s’était sans doute endormi à peine quelques minutes après avoir lancé l’émission. Une lueur d’espoir l’amena à se redresser brutalement sur son siège. Il manqua d’ailleurs d’en basculer.

-Mais alors… tout était un rêve ! Le confinement, le pangolin et tout le reste ?

Ses fils échangèrent des regards interloqués.

-Désolée chéri mais… non, fit Lucie d’un air résigné. D’ailleurs, sauf erreur de ma part, tu as une visioconférence dans une demi-heure. Il est 16h.

-…Enfer, pesta Hervé, à la fois déçu et contrarié.

L’émission s’était achevée et la tablette était entrée en veille. Raoul la récupéra, requit d’un geste de tête l’approbation de son père, et suivit son frère hors de la cabane. Lucie fit un petit signe de main à son conjoint – sa pause était sans doute finie – et ferma la marche tandis qu’Hervé tentait de reprendre ses esprits. Sa nuque était douloureuse et il se sentait ankylosé des pieds à la tête après avoir dormi trop longtemps sur son transat de fortune. « Dip… n’importe quoi », fit-il en riant doucement. Il était évident qu’il avait fait un peu trop de droit international au cours des dernières semaines.

Hervé  quitta la cabane et embrassa du regard son modeste jardin. Une chaleur salutaire et inhabituelle pour la saison avait attiré tous les habitants du quartier à l’extérieur, chacun profitant du soleil sans trop s’approcher des clôtures, distanciation sociale oblige. Etendue sur une chaise longue dans le jardin d’à côté, une voisine aperçut Hervé et lui fit un signe de tête entendu, auquel il répondit par un sourire convenu. Il avait eu le malheur d’éternuer en sa présence la veille et depuis lors, cette dernière l’observait avec circonspection. Sycophante notoire (son talent pour la délation lui promettait un avenir radieux dans le conseil de quartier), elle ne manquerait certainement pas d’avertir les autorités municipales dès qu’un voisin aurait le malheur d’expirer un peu trop fort ou de de défier les interdictions de sortie.

Heureusement, songea Hervé, le confinement ne durerait guère plus de deux ou trois semaines. Il était confiant.

(crédit image Marco Verch https://www.flickr.com/photos/30478819@N08/46322209095)

[1] … en se référant uniquement à la première saison. Le scénario est ensuite allé à vau-l’eau, de sorte que la série est considérée par l’auteur de ce texte comme n’ayant pas connu de suite.

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5 avril 2020 7 05 /04 /avril /2020 16:26
"Confession en aparté" avec le droit international - 2ème partie

Ce billet est la suite de cet autre billet.

-Lucie n’a toujours pas fini sa réunion…

Hervé s’avachit sur le canapé, le regard plongé dans le vide. Il avait tenté à deux reprises de relancer le replay de son émission, sans succès, et s’était donc rendu à l’évidence : l’accès à un débit internet digne de ce nom était compromis.

-Non omnia possumus omnes, déclama-t-il sans bien se souvenir du sens de la locution.

Les fils Valoche avaient pris des mesures diversifiées en réaction au blackout numérique. Jacques était reclus dans sa chambre, reconstituant (selon ses dires) la « chute funeste de la météorite de Chicxulub sur la communauté insouciante des dinosaures », tandis que Raoul, moins ambitieux, explorait une partie du champ visuel de son père en quête d’ingrédients pour son snack. L’adolescent rassembla son butin sur l’îlot central de la cuisine et entreprit de disposer consciencieusement, sur une tranche de pain de mie, du jambon, du camembert et deux rangées de chips, le tout agrémenté d’une cuillère à café de crème de vinaigre balsamique et d’une pincée de parmesan râpé. Puis il contempla son chef d’œuvre avec l’air satisfait d’un candidat de concours culinaire, convaincu d’être l’héritier spirituel de Paul Bocuse.

-Comment peux-tu manger ça ? gémit Hervé. On va dîner dans deux heures, en plus…

Raoul lui adressa un regard de contentement en guise de réponse. Ses joues s’agitaient comme celles d’un hamster et produisaient des « cronch cronch » peu ragoûtants. Hervé détourna le regard puis, après un bref moment d’hésitation, saisit son téléphone qu’il se résigna à reconnecter au réseau. Au cours des jours écoulés il avait, pour tromper l’ennui, trié ses chaussettes (en condamnant celles dont les trous, désormais béants, laissaient passer un orteil) ; numérisé ses documents administratifs (y compris toutes ses fiches de paie) ; resserré les vis des meubles de la maison ; nettoyé le bureau de son système d’exploitation ; briqué la moindre surface visible du grenier (en contournant soigneusement les espaces sur lesquels d’épouvantables araignées revendiquaient titre ou effectivité) ; trié ses photos d’enfance (en gardant à portée de main les plus glorieuses pour les partager sur son compte Facebook) et appris à Mr Gabčíkovo Nagymaros à se tenir en équilibre sur son épaule droite (récoltant en récompense une griffure sur la nuque). Bref, il en était réduit à l’espoir de recevoir un message professionnel pour s’occuper.

A sa grande surprise, il découvrit deux messages vocaux sur son répondeur (« cronch cronch »). Dans le premier, son collègue Sabrin Rochas lui annonçait ce qu’il savait déjà, à savoir l’annulation d’un colloque prévu dix jours plus tard à Dublin et qu’il avait renoncé à préparer dès que la rumeur du confinement avait gagné en ampleur. Sabrin concluait son message par un « Partie remise » désabusé, certainement lié au sabordage de ses projets de barathon. Dans le second, un journaliste du quotidien régional Le Parigot demandait un éclairage sur des problématiques de droit international liées au confinement et communiquait ses coordonnées, dans l’espoir d’être rappelé « avant 17h30, en vue du bouclage ». Hervé pouffa, lui transmit par sms les coordonnées de Sabrin puis remit son téléphone en mode hors-ligne (« cronch cronch »). C’est le moment que choisit Lucie Valoche pour émerger enfin du garage, vêtue comme un Playmobil mal assemblé : la partie supérieure du corps en tailleur impeccable et le bas en sarouel kaki. Le confinement entamait chaque jour un peu plus ses standards de cohérence vestimentaire.

- OUI ! jubila Hervé (il se ravisa). Bisous chérie… Mais OUI ! (il se jeta sur la télécommande).

-J’ai cru que cette réunion ne finirait jamais. L’un des collègues nous attendait sur la mauvaise application de visio et on a pris du retard. On regarde quoi ? demanda Lucie en s’asseyant dans le canapé.

-Un entretien avec le droit international dans Confession en aparté !

Douchant son enthousiasme, Lucie bondit aussitôt hors du canapé et rejoignit Raoul dans la cuisine. La seule contribution de leur fils aîné au débat consista en une ultime série de « cronch cronch » alors qu’il achevait son indéfinissable club sandwich. A l’étage, un « boum » retentissant accompagné de bruits de figurines entrechoquées signala la fin du règne des dinosaures et la transformation de la Terre en planète inhospitalière.

-On va faire du pain maison tiens, suggéra Lucie qui avait pillé les rayons du supermarché pour exercer son nouveau passe-temps. Tu m’aides Raoul ?

-Euh…

Hervé réprima un soupir et reprit l’émission là où elle s’était arrêtée. « Dip » et Pascale Kent partageaient désormais un canapé en face d’un gros écran de télévision, dans un salon fictif dont Hervé estima que les meubles, une fois revendus, auraient assurément permis l’acquisition de dizaines de milliers de masques de protection.

-Cher Dip, faites comme chez vous, dit chaleureusement Pascale Kent. Si vous voulez un rafraîchissement, n’hésitez pas… (elle esquissa un sourire). J’y pense, si on versait du jus cogens dans votre verre, quel goût aurait-il ?

-Le goût de tout et de rien ? fit Dip après avoir réfléchi. Je ne sais pas trop, je n’en ai jamais goûté. Il paraît que certains le trouvent sucré, d’autres amer, acide, aigre-doux ou même « umami ». Les critiques sont partagés. Je me servirai donc plutôt du jus d’orange consensuel… quoique. Vous en pensez quoi ?

-Que ça m’apprendra à vous poser ce type de questions. Dip, nous allons regarder ensemble quelques photos et vidéos que je vous invite à commenter librement. Vous êtes prêt ?

-Vous avez mon consentement.

Pascale Kent afficha la première photo.

Photo ONU

Photo ONU

-La Déclaration universelle des droits de l’homme ! commenta Dip. Et quelques enfants autour, aux fins de communication… On a célébré ses soixante-dix ans il n’y a pas très longtemps, en 2018. Dire que les étudiants la confondent parfois avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen…

-Cette déclaration n’est pas juridiquement contraignante, n’est-ce pas ?

-Vous pouvez toujours tenter de l’invoquer devant le juge national, plaisanta Dip. Cela étant, une grande partie des droits qui y sont inscrits sont réaffirmés par des instruments régionaux de protection des droits de l’homme, qui s’y réfèrent parfois de façon explicite ! Elle est donc un outil précieux, notamment pour les mécanismes universels ou régionaux de protection des droits de l’homme… dont il faut souligner qu’ils travaillent à une cadence très réduite en raison de la pandémie (entre autres exemples : la Cour européenne des droits de l’homme ou la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples).

Pascale Kent afficha la photo suivante.

Banquet de la garde civile d'Amsterdam fêtant la paix de Münster (1648), exposé au Rijksmuseum Amsterdam, par Bartholomeus van der Helst.

Banquet de la garde civile d'Amsterdam fêtant la paix de Münster (1648), exposé au Rijksmuseum Amsterdam, par Bartholomeus van der Helst.

-On dirait un gros apéritif, fit-elle d’un air narquois.

-Pas faux, admit Dip avoir ri dans son verre de jus d’orange. Vous remontez loin dans ma jeunesse… En l’occurrence, il s’agissait de marquer le coup pour la conclusion des (et non du) traités de Westphalie en 1648, à savoir les traités de Münster et d’Osnabrück. Ils ont formalisé la fin aux guerres de Trente ans et de Quatre-Vingt ans ayant opposé les Puissances européennes. On dit souvent que c’est là que ma carrière a commencé. Il faut reconnaître que les deux textes (ici et ) donnent un avant-goût de ce qu’allait devenir le droit international tel qu’on l’appréhende aujourd’hui…

-Cela signifie que votre carrière était au point mort avant cette date ? demanda Pascale Kent en affichant une autre photo.

Musée archéologique d'Istanbul. Détail de la tablette contenant le traité de Qadesh entre les Hittites et les Egyptiens- Photo G. Dall'Orto

Musée archéologique d'Istanbul. Détail de la tablette contenant le traité de Qadesh entre les Hittites et les Egyptiens- Photo G. Dall'Orto

-HA ! s’écria Dip. Quelle relique ! Non mais là ça devient embarrassant…

-De quoi s’agit-il ?

-Le traité de paix conclu entre les Egyptiens et les Hittites en 1259 avant JC, et que Champollion a rendu accessible au grand public en 1844. A priori, le plus vieux traité de l’Histoire, conclu après la Bataille de Kadesh qui a opposé ces deux peuples… Mais on ne pouvait pas réellement parler de droit « international » à l’époque. Encore que, Hattousili III et Ramsès II ont été des visionnaires en négociant ce qui peut être considéré comme une véritable alliance. L’accord engageait les deux puissances à créer les conditions d’une « paix et [d’]une fraternité éternelle », à s’abstenir de tout acte hostile l’une envers et l’autre et à s’apporter une assistance mutuelle en cas de péril. Bon… l’accord incluait également Maâthornéferourê, fille du roi hittite qui a ainsi été offerte en mariage à Ramsès II.

- …Un mariage forcé, donc, conclut Pascale Kent.

Hervé nota sur son carnet qu’il serait intéressant de rédiger une présentation un peu plus poussée de ce traité. L’auteur du présent blog en fit de même.

-Pendant que nous évoquons vos origines… cela me fait penser que l’on parle souvent de vos pères (fondateurs) mais pas tellement de votre mère, fit remarquer Pascale Kent. Est-ce une partie de votre histoire que vous tentez de protéger ?

-Pas vraiment. Je n’ai rien à cacher, nuança Dip, soudain sur la défensive. D’ailleurs, j’ai encore beaucoup à apprendre sur ma propre ascendance.

-On lira avec intérêt les textes consacrés à celle qui pourrait être votre mère, Christine de Pizan.

-Cela devient très personnel, s’enquit Dip tout en s’agitant nerveusement sur le canapé. Si vous lanciez l’image suivante ?

-Wow, où avez-vous trouvé cela ? Je ne savais même pas qu’il en existait un enregistrement.

-La vidéo est librement accessible sur internet depuis qu’elle a été mise à disposition du public par l’Organisation des Nations Unies, expliqua Pascale Kent comme pour se dédouaner.

-Il s’agit d’un extrait de la session inaugurale de la Cour internationale de Justice qui date, si ma mémoire est bonne, du 18 avril 1946. Certains Etats malveillants pourraient affirmer que leurs ennuis ont débuté à ce moment, mais ce serait occulter l’activité de la Cour permanente de justice internationale ou les mécanismes d’arbitrage international qui permettaient aux Etats de régler leurs différends bien avant cette date.

-La Cour internationale de Justice, un an après la création de l’Organisation des Nations Unies… Je crois comprendre que c’est l’une des étapes clés de ce que l’on qualifie de « droit international contemporain » ? Nous évoquions plus tôt la crise du multilatéralisme. Plus d’un demi-siècle plus tard, quels sont vos projets ?

-Tenter de ne pas devenir historien du droit.

Jacques dévala les escaliers à l’instant où Pascale Kent lançait un dernier extrait vidéo consacré à l’affaire du Détroit de Corfou. Dans la cuisine, l’élaboration du pain maison prenait une tournure préoccupante, Raoul ayant apparemment suggéré à sa mère d’intégrer des morceaux de cheddar dans la pâte.

-Papa, je m’ennuiiiiie, déclara Jacques avec un ton de reproche.

-Euh…, fit Hervé.

Pascale Kent présentait à Dip différents instantanés issus de l’actualité internationale des vingt dernières années (ici et ).

-Les dinosaures ont été terrassés par l’extinction Crétacé-Paléogène, ajouta Jacques.

-Et si tu… simulais l’extinction de masse suivante ?

Jacques le considéra avec consternation.

-Papa, la prochaine extinction de masse, ce sera sans doute nous à cause du réchauffement climatique ou d’un astéroïde ! Je n’ai pas encore assez de détails pour faire une simulation.

Il était grand temps d’établir un moratoire sur le visionnage par Jacques des documentaires de la chaîne National Geographic. Hervé sentit le regard insistant et accusateur de sa compagne se poser sur lui tandis qu’elle luttait avec la notice du Thermamax. Il se résigna.

-Viens, on va faire une partie de cache-cache. Je me cache le premier et tu dois me chercher. Ferme les yeux et compte jusqu’à vingt. Enfin… plutôt trente. D’accord ?

Jacques acquiesça, se plaqua les mains sur les yeux et entama un décompte à voix haute tandis qu’Hervé saisissait précipitamment la tablette numérique et fuyait le salon au pas de course.

A suivre.

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21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 18:56
"Confession en aparté" avec le droit international - 1ère partie

"Grand désarroi a frappé à ma porte… lorsque j’ai découvert que mes compétences en mathématiques étaient obsolètes depuis 1999, selon trois circulaires de l’Education nationale".

-La maîtresse dit qu’on ne doit pas faire les multiplications comme ça, dit Jacques d’un ton péremptoire, alors que son père était penché par-dessus son épaule.

-Mais le résultat est bon, voyons ! J’ai même vérifié avec la calculette.

-Oui mais c’est pas la bonne méthode.

Cette seule phrase suffit à écœurer Hervé Valoche dont les compétences en mathématiques étaient vacillantes et qui n’avait jamais obtenu plus de 13 sur 20 dans cette matière, lorsqu’il usait ses fonds de culotte sur les bancs de l’école.

-Je n’aurai pas tous les points, ajouta Jacques.

-Gna gna gna… c’est pas la bonne méthode, pesta Hervé. Et bien, ce sera sans moi.

-Tu t’en vas !?

-Je vais chercher des renforts. Fais les autres exercices en attendant.

Atteint dans sa dignité, vaincu tant par l’Education nationale que par les multiplications à deux chiffres, il quitta la chambre de Jacques et partit, la mort dans l’âme, quérir l’aide de Raoul (17 ans). Jacques était plutôt bon élève mais répondre à ses questions tout en maintenant sa motivation à un niveau acceptable relevait de l’exploit. Un vague d’empathie envahit brusquement Hervé.

-Dire que les enseignants doivent gérer trente zouaves de ce genre, se surprit-il à maugréer dans le couloir. Pendant que tu expliques quelque chose aux cinq du premier rang, tu as Jean-Kevin, Myrtille et Zynedin qui fabriquent des sarbacanes ou se teignent les cheveux avec du Tippex… Bon sang.

Cela ne réglait pas la question des multiplications. Lucie Valoche était sans doute le seul membre de la famille à présenter quelque compétence en mathématiques au-delà du niveau du CE1, mais elle s’était repliée de façon stratégique dans le garage (transformé en bureau de fortune) pour deux heures d’un "confcall" qui ne devait être interrompu sous aucun prétexte. Il restait donc à espérer que Raoul se souvenait encore des exigences des professeurs des écoles. L’adolescent s’évertuait justement à réaliser ses propres devoirs à distance, dans un contexte de confinement généralisé qui obligeait chacun à suivre des directives venant d’écrans d’ordinateur et de courriels à foison.

-Tu as fini ton programme d’aujourd’hui ? demanda Hervé en passant la tête dans la chambre de son fils aîné.

Roulé en position latérale de sécurité sur son lit (et confiné dans une phase monosyllabique depuis qu’il était privé des bienfaits de l’extérieur), Raoul répondit quelque chose ressemblant à « Moui ». Sur l’écran de son ordinateur, auquel il tournait le dos, continuaient d’apparaître les notifications d’une fenêtre de chat pédagogique. Hervé fut tenté d’exprimer son scepticisme mais il se ravisa après avoir constaté qu’il était déjà 15h. Raoul n’était généralement plus bon à rien après 14h30.

-Tu n’es pas trop mauvais en maths, dit Hervé. Si tu as fini, tu veux bien aller aider ton petit frère ?

-Tu n’y arrives pas ? fit Raoul dont le sourire trahissait une forme primaire de Schadenfreude.

-Apparemment je ne fais pas comme il faut, malgré des résultats qui sont clairement corrects…

-Bon, répondit Raoul en se redressant. C’est pas comme si j’avais mieux à faire. Maman squatte tout le débit de la box internet avec son (il prit une voix doucereuse) confcall. Je vais l’aider mais demain, en échange, tu m’aides avec la géo…

-Vendu !

Raoul haussa les épaules en signe d’acquiescement et partit accomplir sa mission tandis qu’Hervé, soulagé, dévalait les escaliers pour se réfugier au rez-de-chaussée. Il consulta sa boîte mail, répondit aux messages les plus urgents, en archiva d’autres, réalisa qu’il avait déjà trente messages archivés à traiter, prit connaissance d’une kyrielle d’annulations sur le mois et demi à venir, puis perdit toute motivation après une quinzaine de minutes de correspondance électronique.

-Je n’arrive pas à bosser à la maison, moi, soupira-t-il en se tournant vers Gabci – de son vrai nom "Mr (Mister) Gabcikovo Nagymaros".

Régnant sur le salon du sommet de la bibliothèque, le chat parut le fixer d’un air réprobateur, puis émit un bâillement qu’Hervé prit le parti d’interpréter comme un encouragement. La messe était dite. Après avoir placé son téléphone en mode "avion" puis rabattu l'écran de son ordinateur portable, il se sentit étrangement libéré du carcan du monde académique et de ses échéances. Les capsules vidéo destinées à ses étudiants – tout aussi confinés que lui – étaient en ligne, l'encadrement de la "continuité pédagogique" de Jacques avait été (regrettablement, il le découvrirait plus tard) délégué à Raoul, et le réfrigérateur était rempli à ras bord. Fermement résolu à ignorer les courriels de relance de directeurs de publication rendus opiniâtres par le confinement, il alluma la télévision et lança le Replay. Hervé avait manqué le dernier épisode de l'émission Confession en aparté diffusé sur la chaîne France Droit et consacré à nul autre que... le Droit international. Son idole. "Quitte à être assigné à domicile, autant en profiter" - logique qu'il avait d’ailleurs, inutilement, invoquée auprès de sa compagne pour justifier le port de ses survêtements les plus confortables.

-P’pa, internet a sauté et on n'arrive plus à faire les exercices. On peut faire une partie de FIFA en ligne ? demanda la voix de Raoul depuis l'étage.

-Bien sûr, répondit nonchalamment Hervé.

L'écran titre de l'émission télévisée apparut tandis que la voix off de l'animatrice vedette de France Droit emplissait le salon des Valoche :

-Il se fait souvent désirer, n'aime pas être situé, sa carrière est contestée mais il demeure pourtant populaire. On lui prête en effet une ambition humanitaire mais il refuse en revanche d'être qualifié d'humaniste. Il n'aime pas les interviews, mais se fait volontiers médiatique, un peu comme aujourd'hui. Le Droit international est notre invité. Bienvenue dans Confession en aparté.

-Je vous en prie, appelez-moi "Dip", fit le Droit international d'un ton débonnaire en venant s'installer sur le plateau.

-Ce sera donc "Dip", fit l'animatrice, Pascale Kent, en se tournant vers la caméra. Nous sommes ravis de vous recevoir aujourd’hui.

Hervé jubila. Pascale Kent rassembla ses notes d’un air convenu tandis que Dip prenait place en face d’elle dans une chaise design que seules des personnes à la fois fortunées et malveillantes envisageraient d’installer dans leur salon, davantage pour le plaisir des yeux que pour le confort de leurs invités.

-Vous existez donc ? dit Pascale Kent d’un air taquin.

-Je suis le premier surpris ! répondit Dip, probablement habitué à cette boutade.

L’auteur de ces lignes pourrait ici décrire le physique de Dip mais, après une longue hésitation (suivie de la consultation d’amis avocats), il préfère laisser à chacun le soin de l’imaginer selon son bon plaisir, lui attribuant ainsi les traits de Bing Crosby, de Ryan Gosling, d’Audrey Tautou, de Billie Holliday, de Billie Eilish, de Mimie Mathy ou même, pour les plus sceptiques, d’un nuage de fumée. Certains, faute d’inspiration, visualiseront peut-être le visage de leur enseignant en droit international. Bref, imaginez ce que vous voulez pour les lignes à venir.

-Dip, merci d’avoir accepté notre invitation. Vous avez une longue et fructueuse carrière. Vous êtes à l’origine d’un certain nombre de traités, d’organisations internationales, de mécanismes variés de coopération entre Etats, et avez des millions (sic.) de fans à travers le monde… mais aussi des détracteurs. Les médias ont décrit un droit international "absent", "en dilettante", voire "confiné", ponctuellement "méprisé" pour reprendre les termes d’un article récent de Paris Match. Qu’avez-vous à répondre à ces formules inspirées ?

-Si je peux me permettre, Pascale, ce n’est parce qu’on ne parle pas de moi que je suis désœuvré ! J’ai beaucoup travaillé ces dernières années et me consacre à de nouveaux projets. Et quitte à me faire des ennemis, j’ajouterai que certaines feuilles de chou ont davantage intérêt à noircir leurs pages d’échecs que d’accomplissements… Je dois toutefois reconnaître que je me suis fait discret depuis trois ou quatre ans. L’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, le Brexit, la remise en cause de l’accord sur le nucléaire iranien, la remise en question du multilatéralisme… tout ceci m’a amené à prendre un peu de distance, peut-être pour tenter de me renouveler.

-Sans pour autant disparaître des radars, nuança l’animatrice. Il est vrai qu’on vous a vu un peu partout à travers le monde : La Haye, Genève, New York, vos créations sont étudiées dans des universités prestigieuses... De nombreux acteurs ne jurent que par votre travail et collaborent fréquemment avec vous – nous en parlerons en deuxième partie d’émission. D’ailleurs, Dip, quels sont vos rapports avec vos contemporains dans le milieu ?

-Ah, les ragots, siffla Hervé.

-Vous voulez parler des autres droits ? Je dois tout d’abord dire qu’on me confond très souvent avec le Droit international privé alors que nous ne faisons absolument pas la même chose, fit Dip d’un air goguenard. Si l’on occulte ce petit détail, je pense que c’est un milieu dont les membres entretiennent des relations cordiales, voire amicales, même si certains d’entre eux me semblent privilégier des exigences de rentabilité.

-Pas vous ? s’enquit Pascale Kent.

-Il l’a un peu cherché, reconnut Hervé.

Dip pâlit.

-Ha ha, je mentirais si je disais que je ne vérifie jamais le solde de mes comptes en banque. Mais, sincèrement, je n’aime pas le manichéisme. On peut aussi bien s’intéresser aux investissements internationaux qu’aux droits fondamentaux sans renier ses convictions… Je n’ai pas d’idées préconçues. La finance, le commerce, c’est autant du droit international que la culture !

-Et qu’en est-il de vos rapports avec le droit européen ? (le sourcil droit de Dip trembla de façon quasi imperceptible). On vous a dit très proches par le passé. Vous l’avez même coaché à ses débuts.

-…en effet, on a beaucoup travaillé ensemble, fit Dip après quelques secondes de réflexion. C’est toujours le cas aujourd’hui, de façon plus ponctuelle. Nous utilisons les mêmes techniques et avons les mêmes inspirations, il me semble. Je respecte et admire son travail.

-Justement, quel regard portez-vous sur ses dernières activités ?

-Vous faites référence au Brexit ? Ecoutez, ce serait facile de tirer sur l’ambulance… Je m’abstiendrai de commentaires, ajouta-t-il en haussant les épaules.

-Et je respecte cela, Dip. D’ailleurs, vous avez sans doute connu des déboires sentimentaux du même type.

-Ma foi…

-Si vous le permettez, nous allons désormais entrer dans le vif du sujet et aborder des facettes plus substantielles de votre personnalité… (Pascale Kent se tourna vers la caméra). Influences, modèles, passé et futur. Nous saurons tout sur le Droit international. Dip, si vous le voulez bien, nous allons regarder ensemble quelques photos et vidéos.

Hervé sursauta. Raoul était arrivé de façon furtive dans le salon et s’était planté devant lui :

-Dis p’pa, on ne trouve pas Bloody Kombat. Tu ne l’aurais pas rangé ?

-Je ne sais pas à quoi tu fais référence, mais ce que tu cherches est peut-être dans la bibliothèque, derrière le traité de droit humanitaire. Que ta mère ne le voie pas. Je la changerai de cachette après votre partie.

-Ok. Tu regardes quoi ? L’image de la télé est figée.

Hervé fronça les sourcils et se tourna vers l’écran, qui s’était transformé en mosaïque. Soudain, tout devint noir et une fenêtre « Perte de réseau » mit fin de façon prématurée à l’émission.

-MAIS @#&ù$£ DE FRIBOX ! grommela Hervé, après avoir vainement tenté de relancer le programme en maltraitant les boutons de la télécommande.

-Je t’ai dit tout à l’heure qu’internet avait sauté. Je pense que c’est M’man qui sature le réseau, suggéra Raoul. Sans compter tous les appareils connectés à internet dans la maison… On a dû lâcher la partie de Fifa...

-Pauvres petits. Et comment je fais maintenant ? On arrivait à la partie la plus drôle de l’émission.

-Soit tu demandes à M’man d’interrompre son confcall, à tes risques et périls, soit tu attends.

Hervé s’enfonça rageusement dans le canapé, frustré. Il lui vint à l’esprit que cette pause forcée pourrait être consacrée à la progression de son article ou à la lecture d’un ouvrage issu de sa bibliothèque. Puis il se rappela qu’il avait un stocké un épisode de la saison 7 de Old Blood sur son disque dur. Cela l’occuperait bien jusqu’à la fin de la visioconférence. Gabci miaula et bondit du sommet de la bibliothèque pour atterrir sans ménagement sur ses genoux.

A suivre.

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6 juillet 2019 6 06 /07 /juillet /2019 13:26
L’association des Contributeurs et Directeurs de Publications Anonymes (CODIPAN)

Procès-verbal

Réunion de l’association des Contributeurs et Directeurs de Publications Anonymes (CODIPAN)

18 juin 2019

Salle 114, Faculté de droit de Paris-Porréal Un-Peu-Plus-Au-Nord-Est

Présents : Mariska Borloustzcvich, Nicolaï Chevallier, Yann Destrier, Anissa Gotrin, Lucas Hives, Lenaïs Menhir, Claire Paquet de Cristofis, Sabrin Rochas, Hervé Valoche, Martine Vernasi et un certain nombre de personnes ayant omis de signer la feuille de présence [i.e. auxquelles l’auteur de ce blog n’a pas envie de donner de nom].

Excusés : Lauranne Cheminée, Conrad Dichotome, Elodie Maliki, Abdel Iss, Christiane Plonjon, Jarod Sakay.

Début de la réunion à 12h24

Point 1 : Errances procédurales

En sa qualité de président suprême de l’association, Hervé Valoche souhaite la bienvenue aux participants, non sans déplorer le début tardif de la réunion résultant de l’arrivée progressive des membres sur une période de 24 minutes. Il est rappelé aux enseignants-chercheurs que « je n’avais pas vu l’heure », « j’ai croisé la Doyenne », ou « je finissais de rédiger un courriel » ne sauraient constituer des motifs décisifs ou excusables de retard.

La trésorière, Claire Paquet de Cristofis, propose une motion visant à verrouiller la porte pour empêcher l’arrivée d’autres retardataires. La motion est adoptée à une majorité de 10 contre 8.

Affirmant s’exprimer au nom d’une majorité silencieuse, Anissa Gotrin demande l’ajout à l’ordre du jour d’une discussion relative à l’adéquation du titre de « président suprême », considéré comme « excessif ». Pointant du doigt l’horloge de la salle (hors service depuis 2014), le président suprême rappelle à tous que la réunion a déjà pris du retard et suggère que l’étude de la question soit reportée à la prochaine assemblée générale.

Un débat houleux s’ensuit sur la rédaction du procès-verbal, après qu’il ait été constaté que personne n’en a assumé la responsabilité depuis le début de la réunion. La lecture des statuts et l’invocation d’une coutume associative s’avérant infructueuses, le secrétaire général Yann Destrier se livre de mauvaise grâce à l’exercice malgré une injustice flagrante qui entraînera sans doute des représailles légitimes.

Un membre retardataire tente en vain de forcer la porte pour rejoindre la réunion. Il se résout à partir après une dizaine de secondes de silence pesant.

Point 2 : Activités à venir

Le Directeur des activités festives, Sabrin Rochas, rappelle aux membres que la prochaine édition du BMIJ (prononcer « Bémij » – Barbecue-Margarita-Inter-Juristes) se tiendra le samedi 22 juin à partir de 13h30. Le partenariat établi avec les collègues sociologues du laboratoire S.O.L.O. permettra aux participants de bénéficier pour la première fois de divertissements variés : tombola, dégustation de spiritueux et initiation à la sculpture de glace, entre autres.

La vice-présidente Martine Vernasi exprime sa grande perplexité, estimant qu’il est peu judicieux d’investir dans une telle activité durant un épisode de canicule, et certainement hasardeux de confier des objets pointus ou tranchants à des universitaires à la suite d’une dégustation d’alcools à forte intensité. Un débat nourri est alimenté par les remarques de plusieurs membres. Faute de consensus toutefois, et face au refus des membres d’organiser un nouveau vote sur une « question anecdotique », les activités susmentionnées sont maintenues.

Manifestement soulagé, Sabrin Rochas rappelle enfin aux membres que tous doivent apporter des gâteaux faits maison à la rencontre.

Point 3 : Vie de l’association

Hervé Valoche se réjouit de voir le nombre de membres du CODIPAN augmenter. Il considère toutefois que la popularité de l’association démontre le mal-être croissant des universitaires face à des calendriers d’écriture de plus en plus chargés. La doctrine du « Je suis hélas indisponible » semble avoir de la peine à s’ancrer dans la pratique académique.

Le phénomène entraîne des conséquences dramatiques pour les vies professionnelle et personnelle des universitaires : travail nocturne ; irritation ; alimentation peu équilibrée ; stress accru des directeurs de publication ; scories dans les ouvrages ; etc. Le président suprême scande avec vigueur – il frappe à trois reprises du poing sur la table – la cinquième maxime du CODIPAN : « le malheur des contributeurs cause le malheur des directeurs de publication ».

Une fois la flaque de café sur la table épongée, Hervé Valoche poursuit son propos introductif. Des phrases révélatrices du mal-être académique en matière de calendrier d’écriture intègrent les échanges quotidiens des universitaires : « As-tu déjà rendu ton chapitre ? », « Mille excuses », « Je suis sous l’eau », « J’espère ne pas être le dernier », « Je suis parti en weekend en oubliant mon ordinateur, lol », « EDF a coupé mon courant, je t’écris depuis chez une amie ». Enfin, les alliances précaires entre contributeurs retardataires se font de plus en plus fréquentes, dans le but de « pigeonner » les directeurs de publication.

Lenaïs Menhir intervient alors, affirmant que les colloques sont la première cause de ce mal : appâtés par la perspective d’un déplacement dans un département inconnu ou par celle de retrouvailles avec des collègues appréciés, les intervenants ont rarement conscience de l’étendue réelle de leur engagement. Ce n’est qu’après avoir accepté d’assurer une communication orale qu’ils découvrent « avec effroi » le projet de publication associé et s’engouffrent dans la « spirale du déni ».

Après s’être fait discrètement expliquer les denses et techniques propos de son collègue, Hervé Valoche approuve vigoureusement, rappelant qu’il a lui-même fait preuve de faiblesse : le président suprême a accepté, quelques mois plus tôt, d’intervenir dans deux colloques qui, en raison d’un alignement défavorable de planètes (et surtout d’une grève perlée des transports ferroviaires), ont finalement été organisés le même jour. Embarrassé, il a jugé préférable de maintenir ses interventions dans les deux manifestations malgré leur tenue dans les locaux d’universités séparées par trois lignes de RER et une correspondance à Châtelet-les-Halles. Pris de vertige durant le cocktail du second colloque, il a été contraint de quitter les lieux en urgence, à regret, après seulement cinq flûtes de champagne et trois bouchées au saumon.

Le CODIPAN se réjouit de l’organisation en 2021 d’un congrès commun avec l’association des « Acquiesceur.se.s anonymes », dont le rapport annuel 2018 qualifie (p. 107) le retard éditorial d’« addiction manifeste », laissant ainsi entendre que certains universitaires verraient la surcharge d’écriture comme le « sel de la vie ».

Point 4 : Témoignage des membres

Conformément à l’ordre du jour, les témoignages de trois membres sont présentés aux fins de partage d’expérience. Leurs noms ne sont pas reproduits dans le procès-verbal afin de préserver leur honneur, conformément à la motion adoptée le 17 janvier 2016.

a) Membre X

Le membre X, « publiant fréquent », estime être en situation de cavale permanente, au point de ne plus oser mener une quelconque activité sur les réseaux sociaux, même sous pseudonyme. La situation est devenue particulièrement gênante lorsque son fils Raùl [le nom a été modifié] a croisé la fille de sa directrice de publication dans la cour de récréation et que cette dernière a interrogé son camarade sur des thématiques étrangement ciblées (ex : « Est-ce que ton père passe beaucoup de temps devant son ordinateur en ce moment ? »).

Le membre X a alors poussé son fils à corrompre la fille de sa directrice de publication avec une quantité certaine de confiseries, afin que celle-ci aille rapporter à sa mère que le pauvre contributeur avait été porté disparu au Guatemala lors d'une mission humanitaire et ne serait sans doute pas libéré avant au moins quinze jours (ce qui était particulièrement dommage car « il ne lui restait plus que cinq lignes à écrire »). Quelques membres de l’association, sidérés, portent la paume de la main gauche ou droite à leur visage.

Le membre X reconnaît s’être « tiré une balle dans le pied à de nombreuses reprises », ayant par exemple accepté d'intervenir dans un colloque en droit des obligations (alors qu’il est spécialiste de droit international public), appâté par la perspective de passer deux jours aux Bahamas « aux frais de la princesse ». L’ouragan Benicio ayant compromis la tenue du colloque, le membre X s’est retrouvé contraint d’écrire une contribution en droit des obligations sans même avoir « vu la couleur de Nassau », ce qui lui a, selon ses propres termes, « servi de leçon ».

b) Membre Y

La membre Y révèle accumuler jusqu’à trois ans de retard dans le rendu de certaines contributions, au point que plusieurs de ses collègues se demandent si elle a quitté l’enseignement supérieur. Pire encore, la membre Y est parvenue à elle seule à retarder la publication d’un ouvrage collectif de quatre ans, rendant son contenu si obsolète que les directeurs de l’ouvrage ont, de façon stratégique, ajouté le sous-titre « Une perspective historique » à l’intitulé pour ne pas compromettre la parution.

Récemment, mise au pied du mur par la septième relance d’un directeur de publication (arrivée de façon préoccupante par pli recommandé), la contributrice a d’abord envoyé un message sans pièce jointe à son directeur de publication pour gagner quelques heures de répit – il ne lui restait que le II/B à rédiger. A sa grande horreur, le directeur de publication a réagi dans les sept secondes ayant suivi l’envoi du courriel, notant qu’il manquait la pièce jointe.

« Falsificatrice de l’extrême » (selon ses propres termes), la membre Y a alors renvoyé un fichier « .odt » dans lequel elle avait inséré pas moins de trente-six pages de lignes de code java empruntées à son époux programmeur. Inspirés par cette stratégie, deux autres contributeurs retardataires ont fait de même, amenant un directeur de publication déjà épuisé à penser que son ordinateur était vérolé. Lenaïs Menhir constate, non sans gravité, qu’il s’agit là d’un exemple remarquable de « spirale du déni », susceptible de causer la perte des directeurs de publication.

c) Membre Z

Du côté des directeurs de publication, le membre Z dit avoir été tant « poussé à bout » qu’il a frôlé le point de non-retour. Pourchassant en vain plusieurs de ses contributeurs dispersés sur le territoire français, le membre Z s’est surpris à naviguer sur le dark web en quête de prestataires est-européens spécialisés dans la « persuasion physique transnationale ».

Menacé de plainte pour harcèlement par l’un de ses contributeurs, il a fini par réaliser que la situation lui échappait et qu’il risquait le pire. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé à intégrer le CODIPAN.

Un débat animé s’ensuit sur les malheurs des directeurs de publication causés par les « mystifications » ou « chafouineries » récurrentes des contributeurs. Le président suprême lance un appel aux membres afin de constituer un groupe de travail destiné à rédiger des lignes directrices susceptibles d’être diffusées au sein de la communauté universitaire. Le congrès commun de 2021 pourrait éventuellement mener à la création de processus de médiation mis à la disposition du plus grand nombre.

Point 5 : Varia

L’heure « tournant » et de nombreux collègues ayant « vraiment faim », Hervé Valoche conclut en demandant à l’ensemble des membres de prononcer en chœur la première maxime du CODIPAN :

« Cher collègue, je suis malheureusement indisponible en raison d'un programme de travail déjà chargé. Je souhaite toutefois le plus grand succès à votre projet. Bien cordialement, X »

L’ordre du jour étant ainsi épuisé, la réunion s’achève à 13h26.

***

-Dis Hervé, tu sais quel type de gâteau tu vas apporter au BMIJ ? lui demanda gravement Mariska alors que la salle 114 se vidait progressivement.

-Aucune idée, j’avoue n’avoir même pas commencé à y réfléchir… Et toi ?

-J’ai une ou deux idées et j’ai rassemblé de la doc’ mais je suis déjà prise dans la spirale des gâteaux de kermesse pour mes enfants. C’est quand même dans quatre jours… Sabrin va faire la tronche si on ne joue pas le jeu.

-Bah, au pire, je me réveillerai un peu plus tôt samedi pour boucler le gâteau ou j’arriverai en retard au BMIJ, hein. De toute façon, je suis sûr qu’on ne sera pas les derniers.

Ils rirent de façon entendue.

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 12:01
5 ans du blog - Les discours et les photos

Le 7 juillet 2016, sur l’invitation de l’équipe de Ma librairie de droit/Le libraire de la Cour de cassation Lexis-Nexis (Place Dauphine), a été organisée une rencontre destinée à fêter les cinq ans du blog Le droit international expliqué à Raoul. Plusieurs invités de marque ainsi que des amis et lecteurs du blog ont aimablement fait le déplacement pour se rencontrer autour d’un apéritif qui s’est poursuivi jusqu’aux heures tardives précédant la diffusion du match de l’Euro Allemagne-France, à savoir environ 20h45. La France a gagné sans difficulté, pour la petite histoire, de sorte que ceux qui ont quitté prématurément la rencontre auraient gagné à rester.

Pour les malheureux qui n’ont pu participer à ce moment très convivial, je reproduis ici (avec leur aimable autorisation) la transcription des discours des invités - Jeanne Dupendant, Franck Latty, Serge Sur et Aurélie Tardieu - ainsi que le mien. Qu'ils soient vivement remerciés pour leur participation et qu'il soit noté que le ton oral de leurs interventions a volontairement été conservé. Un grand merci à Marine Escure, Michèle Pinson et leurs collègues pour cette belle opportunité de rencontre, à Aurélie Tardieu et Marine Escure pour les photos prises ce jour-là, à Sibel Cinar pour la captation audio et à tous ceux qui ont fait le déplacement, les bras parfois chargés de victuailles.

5 ans du blog - Les discours et les photos

Valère Ndior, maître de conférences à l’Université Toulouse 1 Capitole

"Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Comme vous pouvez le voir, je ne suis ni Raoul, ni Hervé Valoche… mais ils m’ont demandé de m’exprimer en leur nom. Je vous rassure, je serai relativement bref.

Bien évidemment, je voudrais adresser des remerciements appuyés à l’équipe de la libraire, notamment Marine Escure et Michèle Pinson qui nous ont très gentiment proposé de nous réunir ici afin de célébrer l’anniversaire d’un personnage de blog. Merci également à tous ceux d’entre vous qui ont effectué le déplacement, d’autant que certains sont venus de très loin : Montpellier, le Royaume-Uni... Je suis à la fois flatté et préoccupé de voir que des gens sont capables de parcourir des centaines de kilomètres uniquement pour prendre l’apéro, aussi juridique soit-il (rires).

Parlons maintenant de Raoul. Raoul Valoche est petit garçon conçu dans une chambre d’hôtel à Montréal, en 2010, lors d’un concours de plaidoirie en droit international. Un garçon d’âge variable d’un post à un autre. C’est surtout un enfant qui se pose beaucoup trop de questions, à l’occasion de querelles dans les cours de récréation ou de polémiques familiales au cœur desquelles se trouve Hervé Valoche, son juriste de père, internationaliste obsessionnel – absolument pas inspiré d’un personnage réel, cela va de soi. Raoul se pose plusieurs types de questions.

Premièrement, Raoul se demande si le droit international est négocié, fantasmé, désenchanté, contourné ou contrarié. Il se demande plus largement si la société internationale n’est pas une vaste cour de récréation globalisée dans laquelle les élèves et les groupes d’élèves se livrent à différentes activités :

  • conclure des accords visant à encadrer leur coopération ;
  • se rassembler, dans des regroupements plus ou moins formels et plus ou moins permanents tels que le conseil de sécu-récré, le club des 15 élèves possédant le plus de jeux sur Nintendo 3DS, l’organisation récréative du squatt de la table de ping-pong ;
  • délimiter ou revendiquer des territoires à l’égard desquels ils invoquent une souveraineté contestée, notamment la table de la cantine située tout près du stock de briques de jus d’orange ou le terrain de basket qui leur permet d’exprimer leur talent sportif ;
  • violer la règle de droit, en agressant par exemple les élèves du CE2B (mais ces derniers l’ont un peu cherché car ils ont mangé tous les Granola lors du dernier cross des écoles – c’était donc de la légitime défense préventive) ;
  • manifester un intérêt pour l’exploitation des ressources naturelles des uns et des autres (carambars, cartes panini, pogs et billes trouvées sur le plateau continental du préau) ;
  • vaguement tenter d’élaborer des discours tendant à démontrer qu’ils n’ont pas violé le règlement de l’école (sans emporter la conviction de la chambre plénière du conseil de vie scolaire).

Les questions de Raoul sont le reflet de celles qui taraudent les internationalistes parmi nous. A ces questions, il n’y a jamais sur le blog de réponse évidente mais, au mieux des tentatives de clarification, sous un angle léger et sans notes de bas de page.

Deuxièmement, Raoul se demande si le droit international est bien un droit ou s’il s’agit d’une chimère, voire d’une mystification universitaire, uniquement digne d’être professée dans les amphis ou d’être alignée sous forme de manuels dans les étagères des bibliothèques (rire entendu de deux/trois personnes dans l’assistance). Quelqu’un se reconnaît ! Un privatiste présent dans la pièce se reconnaît ! Bref. Le droit international relève-t-il de cette « république intergalactique rêvée par les étudiants », pour reprendre les termes de Jeanne Dupendant dans un article écrit pour le blog en 2014 ? Souvent la conclusion est hâtive et erronée : faute de parvenir à résoudre tous les conflits et crises, le droit international n’existerait pas ou ne servirait à rien, pour reprendre les termes du billet publié par le Professeur Serge Sur en 2014 sur le blog. Plus que l’utilité du droit international, c’est souvent la vocation de ceux qui l’étudient ou le pratiquent qui est remise en question. D’ailleurs, ne l’oublions jamais, c’est lorsque le juriste internationaliste se retrouve cerné par ses proches qu’il devient le plus faible et le plus sujet aux critiques. Les repas de famille, les barbecues amicaux, les kermesses constituent certainement, après BFM TV, la menace la plus immédiate pour la crédibilité du droit international (rires).

A ceux qui se posent toutes ces questions, le blog et ses contributeurs espèrent offrir du réconfort et, surtout, des éléments de querelle juridique interminable, à destination notamment des conjoints, des familles, du boulanger du quartier, inquiets de cette vocation professionnelle douteuse.

Troisièmement, enfin, Raoul s’interroge, sur l’université, sur ce microsystème, sur son quotidien, sur les relations entre ses habitants : les chargés de td sont-ils des tyrans ? peut-on envoyer un mail à son prof de droit et en réchapper ? Faut-il vraiment retenir toutes ces jurisprudences de droit administratif ? (quelqu’un dans l’assistance souffle « Oui ! » - rires) Raoul a au moins une conviction sur l’université : c’est que lors d’un colloque, il convient de ne pas dépasser le temps alloué, au risque sinon de retarder le cocktail. Il en va de même durant les rencontres en librairie, surtout lorsqu’elles sont agrémentées d’un buffet. Il sera donc plus opportun d’approfondir ces questions sur le blog ou sur un autre support, peut-être papier, au cours des cinq prochaines années.

Pour cette raison, je suis heureux de céder la parole aux parrains et marraines de Raoul qui ont bien aimablement accepté de prendre une part active à cette rencontre, dans l’ordre de passage : Jeanne Dupendant, Franck Latty, Aurélie Tardieu et Serge Sur. Je vous remercie (applaudissements)".

5 ans du blog - Les discours et les photos

Jeanne Dupendant, doctorante à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense

"Pour fêter les 5 ans du blog « Le droit international expliqué à Raoul », j’ai choisi de vous conter sa fabuleuse histoire.

C’est pleine de désarroi que je contemplais, en ce mois de mars 2010, l’édition loin d’être achevée des Echos de Montvrai dont j’étais alors rédactrice en chef. Il s’agissait d’un numéro spécial de ce discret journal becqueco-gallo-francophone consacré aux 25 ans du concours Charles Rousseau – qu’il n’est plus utile de présenter puisque Hervé Valoche l’a souvent mis à l’honneur sur son blog.

J’étais prête à passer une nuit blanche de plus à essayer de pondre un article vaguement drôle, quand un doux cliquettement me sortit de ma torpeur, j’avais reçu un message !

Il émanait d’un certain Valère, un type qui avait l’air plutôt timide, qui disait me connaitre mais pensait que je ne me souvenais pas de lui et qui se disait prêt à « aider si nécessaire, pour un article ou plus » « en termes de rédaction pour mon petit journal ». Il terminait son message par un poli « cordialement » et je m’étonnai simplement qu’il ne me vouvoyât pas.

J’encourageai poliment – mais sans grande conviction – le jeune Valère à passer à l’action et retournai au travail, assez dépitée.

A ma grande surprise, je reçus quelques jours plus tard deux articles très prometteurs intitulés « G. Dufour : "Aujourd’hui j’ai peur mais je ne regrette rien" » et « DJ Dubuisson en tournée à La Haye » (les habitués du concours Rousseau imaginent de quoi et de qui il s’agit !).

Je saluai immédiatement la « plume journalistique » de Valère et lui commandai de nouveaux articles. Il signa ainsi pour le journal les horoscopes, mais c’est une autre contribution que l’histoire retiendra et qui arriva dans ma boîte mail le 13 avril 2010.

Bonsoir [Jeanne],

Mon esprit s’est emballé sur les amici curiae et ça donne ça. Je vous laisse juges de la pertinence (et de la longueur) de l’article!

Valère

La pièce jointe contenait un article que vous connaissez certainement tous « L’amicus curiae : itinéraire d’une créature indésirable. Par V.N., Chroniqueur judiciaire. ».

Je dévorai l’article qui mettait en scène pour la première fois la famille du jeune Raoul, adolescent un tantinet impertinent mais très attachant. L’amicus curiae y était comparé à la belle-mère, c’est-à-dire – je cite « une présence rarement sollicitée, hautement contrariante pour le/la maître(sse) des lieux et assortie de prises de position quelques fois hors de propos » (rires) – fin de citation.

Je réalise 6 ans après, la chance que j’ai eu de découvrir en primeur le premier article de celui qui ne s’appelait pas encore Hervé Valoche ! La justesse de la métaphore, aussi bien pour les amici curiae que pour les belles-mères (rires), le style précis, la pédagogie de cet article m’emballèrent instantanément. Je félicitai immédiatement le jeune Valère, l’autorisai à, pour ne pas dire l’implorai de, retoucher tous les articles des Echos de Montvrai et lui proposai une promotion (rires).

Quelques semaines plus tard, je confiais à Valère toute mon admiration pour sa plume et lui conseillais d’écrire d’autres articles juridico-humoristiques, pourquoi pas en créant un blog. Il suivit mon conseil un an plus tard en lançant en juillet 2011 « Le droit international expliqué à Raoul ».

Par ce conseil, fort avisé, je m’étais mise au chômage technique car Valère 2.0 aka Hervé Valoche n’avait plus besoin d’éditrice. Néanmoins, à l’instar de ces rockstars, fidèles à leur agent des débuts ou à ces présidents normaux qui voyagent en TGV, Valère n’a jamais oublié sa jeune éditrice. En effet, ce petit rôle que j’ai eu la chance de jouer dans sa vie m’a valu le rôle fictif de sœur d’Hervé Valoche dès septembre 2011. Fidèle, Valère m’a régulièrement sollicitée pour les anniversaires du blog, y compris cette année. Voilà donc ce qui m’a offert le privilège de prendre la parole aujourd’hui devant vous au milieu de superbes têtes d’affiche.

Valère, merci pour ton amitié et longue vie à Raoul !" (applaudissements).

5 ans du blog - Les discours et les photos

Franck Latty, professeur à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense

"A mon tour je remercie Valère pour son invitation ainsi que la Librairie de la cour de cassation. Je me suis un petit peu creusé la tête pour trouver comment rendre hommage au blog pour son cinquième anniversaire.

Je me suis dit qu’il existait une manière peu charitable de le faire, sous forme de remontrances : relever par exemple que la publication de posts se fait désormais à un rythme très lent. Je remarque aussi que Valère a eu tendance à faire appel à d’autres auteurs pour alimenter le blog. J’ai donc envie de dire qu’il faut se remettre au travail !

Puis je me suis dit qu’il existait une autre manière, celle que j’ai retenue, plus bienveillante et prospective. Vous savez tous que l’auteur du blog va entrer de plain-pied dans le métier d’enseignant-chercheur. Il va entamer sa « vraie » carrière en tant que maître de conférences à Toulouse où il va prodiguer la bonne parole du droit international dans des amphithéâtres bondés d’étudiants avides de savoir – on peut rêver (rires). Cela m’a donné l’idée de relire la publication consacrée aux profs de droit qui date d’avril 2012 et dans laquelle différents profils de professeurs et de maîtres de conférences sont croqués de manière assez truculente. Parmi les différents profils identifiés par Valère, je me demande finalement quel sera le sien. Alors… (rires).

Je ne vais pas tous les passer en revue mais j’en ai relevé quelques-uns.

Premier profil, le profil « Robert Redford » qui, je cite, « a un charisme qui n'est pas nécessairement physique. Cela relève plus d'une aura, une globalité, un ensemble indivisible, un col roulé particulièrement bien fait » (rires). Je connais des collègues qui portent des cols roulés… mais je ne me permettrai pas de les catégoriser ! Valère est-il un futur « Robert Redford » ? Je me dis que le col roulé, à Toulouse, cela peut être un peu pénible. A voir.

Deuxième profil identifié, « L’élève de… ». Je cite : « Tout juriste a un maître et celui-ci ne fait pas exception. Le problème est que cet enseignant a développé un phénomène d'addiction à toutes les écritures de son maître, addiction qu'il entend bien transmettre à plusieurs générations d'étudiants. Tout développement fourni pendant le cours sera immanquablement validé par la théorie du Maître, qu'il soit mort ou vif d'ailleurs ». Le test sera peut-être de voir la place qu’occuperont les immunités dans les enseignements de Valère !

Profil suivant, « Assassin’s Creed Exterminations ». Je cite : « Cet enseignant est craint à la fois par ses étudiants, l'administration et ses collègues. (rires) Pourquoi? Tout simplement à cause de sa capacité à vous planter une lame psychologique dans la carotide ». Contrairement à certains collègues que je vous laisse le soin d’identifier, il n’est pas dans la personnalité de Valère de jouir des tortures psychologiques infligées à son prochain. Je pense donc que l’on peut évacuer ce profil. Du moins, je l’espère (rires).

Autre profil, celui de l’enseignant qui lit son manuel sur un ton théâtral. Il n’existe pas encore de manuel de droit international rédigé par Valère. On aura peut-être bientôt le « Ndior » – on l’appellera comme ça – mais, dans l’intervalle, il pourrait tout à fait lire les posts de son blog comme s’il déclamait du Shakespeare. Je ne pense toutefois pas que ce sera son profil.

Le profil Dumbledore : « le professeur le plus charismatique de votre université, voire de sa discipline, voire du Droit. Il a une longue carrière derrière lui, un certain âge (50 ans minimum) et a écrit (en dormant) des ouvrages que vous seriez incapables d'égaler même avec équipe de quatre agrégés ». Peut-être, mais bon, là, c’est un peu prématuré (rires).

Il y a donc toute une palette de portraits que je ne vais pas reprendre : Mary Poppins, l’excentrique pédagogue ; le blasé qui, je cite, « vous retournera les tripes en évoquant les jurisprudences les plus abominables de l'Histoire » ; Théophile le théoricien, un théoricien inintelligible ; Horace Slughorn, juriste un peu mondain à ce que j’ai compris ; Flash Gordon, qui débite son cours à une vitesse fulgurante au point que les étudiants ne peuvent pas suivre ; le Ministre de l’Intérieur, qui crée, assez paradoxalement un climat d’insécurité dans l’amphithéâtre (rires), etc.

Mais en réalité, Valère a déjà identifié de manière prémonitoire – le post a été rédigé en 2012 – sa catégorie, à savoir celle qui s’intitule « Le Nouveau ». Je ne résiste pas au plaisir de vous lire ce qu’il a écrit sur cette catégorie : « Comme son nom l'indique le Nouveau est nouveau. Il a récemment fini son doctorat, vient d'être recruté pour un premier poste d'enseignement et bénéficie donc de la fougue de la jeunesse, qu'il ait été affecté à sa matière de prédilection ou à une autre beaucoup moins passionnante. Peu importe, il entend faire son travail avec discipline et bonne volonté. Il sera donc ouvert au dialogue avec ses étudiants et les chargés de TD de son équipe, fera en sorte de rendre son cours intelligible et sera aussi agréable que possible avec ses collègues plus expérimentés. Cela peut durer entre deux ans et une dizaine d'années selon la nature profonde du Nouveau ».

Sous-entendu : entre deux et dix ans après son recrutement, il sombrera lamentablement (rires) dans une autre catégorie que Valère décrit comme pouvant caractériser ensuite éternellement les traits de nos collègues. J’ai réalisé en lisant cela que cela fait pile dix ans que je suis entré dans la carrière d’enseignant-chercheur « titulaire »… (rires). Je ne suis donc plus un Nouveau, c’est sûr et certain, mais je préfère ne pas savoir dans quelle catégorie j’ai sombré. S’agissant de Valère, je pense qu’il faudra sans doute inventer, rédiger un profil sui generis : le profil de celui qui a « l’esprit Raoul ». Evidemment, je n’ai plus le temps de vous parler de l’esprit Raoul, de chercher à le définir, mais je pense que vous avez tous deviné de quoi il s’agit et peut-être que quelqu’un d’autre le fera après moi… Quoi qu’il en soit, je souhaite un très bon anniversaire au blog !" (applaudissements).

5 ans du blog - Les discours et les photos

Aurélie Tardieu, maître de conférences à l’Université de Caen Basse-Normandie

"Cher Valère, cher Hervé, cher Raoul, merci de m’avoir conviée à partager les cinq ans de valocheries, de valochades, qui font le plaisir des étudiants, des enseignants et aussi de ma mère, qui est une assidue du blog. Chose amusante : aujourd’hui c’est la Saint-Raoul mais aussi la Sainte-Edda, donc également la fête de ma mère.

Merci pour les étudiants. Souvent, les étudiants vont sur la toile et on regrette de les voir demeurer « wikipèdes », en d’autres termes, ils tâtonnent et restent généralement sur Wikipedia... On est toujours heureux de voir qu’un d’entre eux va, à un moment donné, découvrir le blog et, petit à petit, faire des émules, lancer un mouvement d’adeptes du mouvement raoulien (rires). Une nouvelle secte est en cours de création.

Merci également pour les non-juristes. Je repense beaucoup à mes années de doctorat, à ce moment où l’on est avec des non-juristes à une table et où vient la question « Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? » (rires). « Alors, je fais une thèse… ! ». Bonjour, j’ai 27 ans, je suis étudiante, ça commence bien (rires). Ensuite, « dans quelle matière ? ». « Le droit international public », ça se passe bien au départ, on peut parler de l’actualité mais il y a toujours un moment où quelqu’un va dire « Ah, j’ai une question en droit, au sujet de mon divorce, de mon dégât des eaux » (rires). Là, on n’est pas très très aidés… J’aurais bien voulu pouvoir leur tendre l’adresse du blog en me disant « Il ne sait pas qui est Raoul mais ça va venir ».

Puis arrive le moment où vous devez présenter votre sujet de thèse. Le mien fait 21 mots (j’ai compté) dont un adage latin. J’ai dû expliquer que la lex specialis n’était pas une maladie honteuse, qu’elle ne s’attrape pas en partageant un mojito (rires), qu’on peut éventuellement, après avoir bu quelques bières se lancer dans ces études-là, et si l’on boit beaucoup de bières, on peut même voir du jus cogens, mais je ne suis jamais allée jusque-là, j’ai toujours gardé ma dignité (rires ou « roooh » dans l’assistance, applaudissements d’une personne non identifiée).

Merci de montrer aux juristes de tout poil – là j’avais commencé une petite nomenclature un peu capillotractée  des juristes par discipline (poil dur, poil long…) mais je me suis dit que je n’avais que cinq minutes et qu’il n’était donc pas nécessaire de vous en faire profiter. Je disais donc merci de leur montrer que nous, internationalistes, sommes aussi des juristes, que le droit international public est une vraie discipline juridique qui s’appuie sur des éléments concrets, et que discipline et humour peuvent faire bon ménage. J’ai connu d’autres personnes qui savaient conjuguer discipline et humour mais ne le faisaient pas nécessairement volontairement…

En tout cas Raoul a bien de la chance d’avoir Hervé pour père et on enviera surtout ses étudiants (applaudissements)".

5 ans du blog - Les discours et les photos

Serge Sur, professeur émérite de l’Université Paris II Panthéon-Assas

"Je suis très heureux d’être là et de pouvoir vous féliciter à la fois pour le blog et pour votre nomination à Toulouse, qui va vous donner une base très solide pour enseigner.

Il se trouve que je ne suis pas un lecteur très assidu du blog, je le lis de façon intermittente, mais j’ai eu le privilège d’y écrire. Je pourrais donc me borner à répéter ce qui y est écrit, notamment les deux anecdotes qui illustrent l’évolution du droit international et de sa perception.

La première anecdote relate la rencontre entre Clemenceau et Wilson à la fin de la Première Guerre mondiale. Wilson fait l’éloge de la protection offerte par le droit international. Clemenceau lui montre le poulet rôti qui fait l’objet de leur dîner, et lui répond : « Regardez ce poulet rôti, il croyait au droit international » (rires). C’est une formule qui s’est vérifiée par la suite, l’année 1940 en est la démonstration.

Il y a une deuxième anecdote, beaucoup plus tard. Le juriste anglais Ian Brownlie est à La Haye pour y assurer, je crois, le cours général et dit à ses étudiants « Vous ne croyez pas au droit international ? Vous avez tort. Regardez le parking, vous allez y voir une Rolls. C’est la mienne. Voilà bien la preuve que le droit international existe ». C’est devenu une discipline qui nourrit beaucoup de gens. Beaucoup de gens (rires). Je ne sais pas si elle règle les problèmes de fond mais elle remplit déjà un office extrêmement satisfaisant pour nous tous (rires).

Mais je ne voudrais pas continuer dans une approche professionnelle. Je voudrais plutôt dire un mot sur l’enseignement.

Au fond, le problème qu’on a est le suivant : comment enseigner le droit international ? Il y a plusieurs types d’approches. Je vais reprendre des nomenclatures puisqu’après tout, on y a pas mal recouru – pas les vôtres, mais elles vont peut-être se recouper en partie. J’espère ne choquer personne mais je dirai qu’il y quatre approches possibles – il en existe certainement d’autres – mais ce sont les quatre auxquelles je songe.

La première est l’approche militante. C’est une approche qui est assez répandue, elle consiste à militer pour un bon droit international, celui qu’on imagine comme étant le droit international parfait, dont on s’étonne qu’il ne se soit pas encore réalisé et dont on se propose de contribuer à la réalisation. Je considère que c’est la maladie infantile des internationalistes et malheureusement elle affecte un certain nombre de collègues, pas nécessairement les plus jeunes. Je vous mets en garde contre les approches militantes du droit international qui peuvent apporter une satisfaction narcissique mais qui n’apprennent rien à personne et peuvent induire en erreur.

La deuxième approche possible est l’approche dogmatique. [à Franck Latty] Au fond, vous y avez fait allusion lorsque vous avez mentionné l’enseignant et ses Maîtres. L’approche dogmatique consiste à considérer que l’on a déjà résolu tous les problèmes parce que quelqu’un les a déjà posés et solutionnés – on se place donc dans son ombre ou l’on développe sa propre doctrine. Ce n’est pas vraiment une démarche militante car on est ici plutôt sur un registre intellectuel : on va vouloir caser le droit international dans un système que l’on aura construit et qui sera aussi clos que possible. Je dirais que c’est une approche adolescente, parce qu’on a besoin de sécurité intellectuelle et on tend volontiers à se reposer sur un système clos. En plus, cela permet de se débarrasser du droit international parce que, contrairement à Valoche, on ne se pose plus de questions. On a les réponses. A partir de là, on peut tranquillement aller au cinéma, vaquer à ses occupations et ne plus s’en soucier, alors que le droit international est une discipline qui conduit – Raoul en est la parfaite illustration – à se poser des questions.

La troisième approche est esthétique. Pour ma part, c’est celle que je préfère, tout en reconnaissant qu’elle est personnelle et qu’elle est un peu égoïste, évidemment, parce que le droit international peut procurer beaucoup de plaisir intellectuel. C’est une très belle construction intellectuelle. Il existe en effet des formules de la Cour internationale de Justice, des expressions de traités, qui sont parfaitement élégantes, qui sont agréables à lire et que l’on retient. On peut donc se baigner dans l’édifice du droit international, dans la piscine du droit international, comme on suit un opéra. Il y a une beauté de ce droit. On peut l’aimer pour cela, essayer de faire partager ce plaisir et cet amour. Evidemment, on n’en attend pas forcément de grandes réalisations pratiques, on est content lorsqu’elles se produisent mais ce n’est pas là l’essentiel. Cette approche-là est déjà, à mon avis, une approche adulte.

Il existe enfin une quatrième approche, c’est celle de Valoche, l’approche ludique, certainement la plus didactique, la plus pédagogique, parce qu’elle apprend tout en jouant. Mais le jeu est une chose sérieuse, le jeu obéit à des règles, le jeu n’est pas un pur divertissement, il comporte toujours un enrichissement intellectuel. Et lorsqu’on lit attentivement ce blog et les différents posts qui le composent – je ne les ai pas tous lus mais j’en ai lus certains –, on est frappé par la qualité des raisonnements qui y sont suivis, par la réalité des problèmes qu’ils soulèvent. C’est donc un véritable exercice d’enseignement, pas un simple divertissement. On pratique d’ailleurs beaucoup le jeu en droit international et ailleurs. [à Jeanne Dupendant] Vous mentionniez par exemple le Concours Rousseau. Ce concours est le type même du jeu qui est organisé pour perfectionner la connaissance et éventuellement favoriser le développement intellectuel, en tout cas pour former des esprits. Et je crois que ce blog contribue très largement à la formation, non seulement des jeunes esprits, mais aussi des vieux esprits comme le mien. Merci."

(applaudissements)

Notons que "@BetterCallBen" lui-même était venu avec son célèbre "Firebolt"!

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 15:10
40 arrêts qui vous feraient (encore plus) aimer le droit administratif

Il était une fois, dans une université lointaine, un étudiant fraîchement titulaire de sa première année de Licence en droit, nommé Raoul Valoche.

Malgré une noble ascendance juridique, Raoul n’était pas vraiment un bon étudiant… mais il n’était pas mauvais non plus. Il avait, selon des rumeurs persistantes confirmées par ses chargés de TD, validé son semestre au ras des pâquerettes grâce à un généreux système de compensation et aux petites matières que des révisions de dernière minute lui avaient permis de s’approprier durant au moins une matinée (avant de les oublier à tout jamais).

Survivant, mais pas encore diplômé, Raoul avait appris grâce à ses aînés qu’une certaine matière de deuxième année de Licence risquait de mettre un « coup de Beauvoir » à son avancée vers le titre de Licencié. Une bonne âme lui expliqua que c’était plutôt de « butoir » qu’il s’agissait et que, dans tous les cas, il finirait licencié, en droit ou par la fac selon son investissement.

Tourmenté par cette perspective peu joyeuse, Raoul s’apprêtait à passer un été bien désagréable (moins cependant que celui des étudiants dont les rattrapages ont lieu en septembre malgré la réforme du calendrier des examens). Heureusement, un camarade bien informé, car membre du syndicat étudiant majoritaire, lui recommanda d’aller consulter le vieil ermite local, « Alphonse » afin de quérir conseil. Après tout, « Alphonse sait tout ».

Alphonse était qualifié de « vieux fou du CROUS » par beaucoup d’étudiants car c’est à une table de la cafétéria que résidait, de 9h à 17h15, cet homme barbu et sénile, peut-être SDF, dont les activités hors de l’Université étaient inconnues. Les services de sécurité de l’Université toléraient sa présence car il avait une maîtrise inexplicable du droit du travail et des questions d’hygiène et de sécurité ; les enseignants le craignaient car il connaissait les deuxième et troisième prénoms de chacun d’entre eux ; les étudiants le respectaient car on disait qu’il pouvait répondre à n’importe quelle question de droit public en échange de cookies ou de vieilles éditions d’ouvrages juridiques. Certains racontaient sur la page Facebook des L3 parcours indifférencié qu’il vivait en réalité très bien et qu’il avait été aperçu entrant dans un hôtel particulier du 2ème arrondissement parisien, mis à sa disposition par sa rentière de famille.

Sa barbe hirsute compromettait toute forme d’évaluation de son âge – il aurait aussi bien pu avoir 27 ans que 32, n’ayant donc de « vieux » que l’apparence – au point que les Masters 2 l’appelaient affectueusement « Hipsteriste » (Hipster-Juriste). Tout ce que l’on savait de lui, c’est qu’il avait perdu la raison après avoir planché en vain sur un sujet particulièrement retors de droit des collectivités territoriales – une jurisprudence de droit… argentin, en langue originale – quelques années plus tôt. A la fin de l’épreuve, il avait fallu les énergies conjuguées de deux surveillants et d’un agent d’entretien passé par là pour le décrocher de sa table et récupérer sa copie. Les autres étudiants de la promotion s’étaient enfuis en criant ou en pleurant, persuadés que le fait de déclamer à tue-tête, dans l’ordre chronologique et en boucle toutes les décisions du Conseil d’Etat entre 1996 et 1999 ne peut que signifier que l’on vient d’être possédé par le démon.

Comble de l’ironie, Alphonse avait obtenu 18 sur 20 (les autres notes déclinaient du 9 vers le -5, parfois accompagnées de la mention « Vous êtes un(e) crétin(e) ») mais le sujet l’avait définitivement traumatisé. Comme si le sort avait voulu s’acharner sur lui alors qu’il était parti « changer d’air » à la Dune du Pilat, il avait trébuché sur un vieux GAJA oublié là et dévalé toute la dune sous les regards horrifiés des badauds et de leurs abonnés : la vidéo avait notamment donné lieu à 5600 vues sur le réseau social Vine et presque autant sur Youtube (le GAJA coupable, récupéré par un passant et mis en vente sur eBay, avait été revendu 357 euros après des enchères acharnées)

C’est là que la folie d’Alphonse, latente, avait apparemment été révélée au grand jour, notamment parce qu’il avait décidé – selon les archives de la gazette de l’Université – de se présenter directement et physiquement devant le Conseil d’Etat afin d’y demander que soit engagée la responsabilité de la commune de La Teste-de-Buch, de son office de tourisme et de la vacataire qui, y officiant, lui avait recommandé d’aller découvrir la Dune du Pilat.

Une bien sombre histoire dont seul Hervé Valoche semble connaître les détails et qu’il révélera certainement un jour sur ce blog. Mais passons.

Comme l’exigeait la coutume (locale, constituée par opinio juris et par une pratique répétée, gén… euh, pardon). Comme l’exigeait la coutume donc, Raoul fit à Alphonse une offrande en cookies nougatine (il ne fallait surtout pas lui offrir de marque distributeur sous peine de prendre une mandale) et lui posa la question qui le taraudait : était-il possible de survivre au droit administratif sans maîtriser la jurisprudence ?

Le « vieil ermite hipsteriste » ricana d’une voix anormalement jeune et lui fournit une réponse si longue qu’elle semblait tout droit sortie du manuel Le Droit administratif à travers les âges, qui fêtait à l’époque sa 19ème édition, remaniée, avec les derniers développements relatifs à la réforme de la procédure devant les tribunaux administratifs et aux apports de la jurisprudence dite de la Feria lilloise (cf. pp. 145-152) :

« Tout bonnement impossible, il faudra les maîtriser dans les moindres détails, ce malgré leurs intitulés peu… avenants. Juridiction, année ET appellation ».

Raoul laissa échapper un juron de dépit.

« Il y aura naturellement toutes ces collectivités charmantes dont les habitants, les entreprises ou les associations ont décidé de causer la perte. Outre les grandes villes, tu ne saurais occulter les patelins tels que ceux qui ont donné naissance aux jurisprudences des communes de Champerou-Plage, Vernouille, à ne pas comprendre avec Vernouillet-les-Jardins (sauf à vouloir relancer la querelle doctrinale historique des Professeurs Gotrin et Cristofis...), Bergrolles le Pouillou, Sainte Gemme du Moron, Bouxigny-Prouée-sur-Rosnais (les étudiants n'ont jamais trop su comment prononcer, je l’ignore moi-même), Mimaulette, Gambaites-les-Bains, Le Boulay, Gambéseuil (ce fameux souci avec la résidence secondaire d’une royauté qatarie), Pognée la Forêt et Bleumotte… à ne pas confondre avec l'arrêt Mottebleue (rare cas de jurisprudences jumelles dans lesquelles la victime, n’étant pas en mesure d’indiquer avec certitude quelle commune lui avait porté préjudice, avait, dans le doute, décidé de s'en prendre aux deux, au mépris de considérations procédurales élémentaires : voir en ce sens la note AGDA 1987).

Méfiance en passant : les pauvres hères qui officient en Licence 2, parfois induits en erreur par la sonorité exotique de certaines jurisprudences, tendent à altérer leur orthographe. Je pense notamment aux jurisprudences des communes de Houachineton ou de Coualeux L'impure. Prends également garde à la filière des jurisprudences dites « Insère ce que tu veux - sur Orge » qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’ont pas toutes de rapport avec le lancer de personnes de petit gabarit. Tu retiendras ainsi que la jurisprudence Sucrerou sur Orge est relative aux modalités discutables de dissolution de l’association locale des sosies de David Ginola et que celle de Kandérel sur Orge porte sur un problème de contrat administratif. Pas de nain là-dessous, aussi petit soit-il.

Les associations seront tes meilleures amies car les noms des jurisprudences qui leur sont associées sont généralement plus simples à retenir : je pense par exemple à Parisiens du 8ème en colère (attention, il y aussi une jurisprudence Huit parisiens en colère, généralement raillée par la doctrine), Association des amis de Nabilla, Courses de tondeuses et débroussailleuses, Taxidermistes lyonnais, Fédération des derviches tourneurs de la rive droite (qui ne connait pas de pareil rive gauche), Club des Entomologues de St-Raphaël ou Club de water-polo nudiste.

Tu auras plus de mal lorsque tu seras confronté aux lieux insolites du droit administratif, d’autant qu’il est fort peu probable que tu t’y aventures un jour (sauf à configurer ton GPS sur « éviter tous les péages ») ou que tu en entendes parler dans les médias autres que locaux : Château Le Graveleux, La Fierté Samaire, Zone industrielle des Corvées, Moulin de Champignard, Zone industrielle de la Bavette ou Lieu-dit du Panier Percay, également appelée, entre érudits, l’affaire de l’Usine des panneaux réfléchissants : il faut rappeler qu’un génie du conseil municipal - une « lumière » selon les termes du Doyen Cristofis - n'avait pas envisagé que la présence d'une usine de panneau réfléchissants à proximité d'une voie de circulation puisse avoir des vertus éblouissantes, pour le plus grand déplaisir des automobilistes locaux.

Tu devras jongler entre les institutions du service public et les enseignes du secteur privé, unies pour accroître annuellement le volume des recueils de jurisprudence. Récemment, la doctrine a été contrainte de s’intéresser à des affaires peu stimulantes comme celle du Groupe scolaire « Les petits bolosses », du Club canin - Les Molosses (à ne pas confondre avec la jurisprudence précédente même s’il y a eu morsure dans les deux cas et quoiqu'un manque ultérieur de diligence chez le personnel du groupe scolaire ait impliqué une rencontre des uns avec les autres), du Musée du RER, de la Discothèque de Grosgouffre, du Garage Sam Inasseri, du Centre Tracteur Discount, du Casino Widetepotch, de la Foire à la Mortadelle, de Jacky Motos, des Poteries artisanales du Lionceau ou de la Laiterie de Bagnolet (qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, est liée à l’organisation sauvage en son sein d’une rave par des collégiens sur Facebook et non pas à la découverte antérieure du caractère avarié du lait qui y était produit – cet aspect a été réglé par la voie politique).

Comme toujours, enfin, tu n’occulteras pas les plus discrets des justiciables, dont les noms restent gravés dans les mémoires des administrativistes : la Dame Foirfouille (qui, de manière intéressante, est également connue des privatistes en raison de ses nombreux conflits avec l'enseigne éponyme), les Époux Crottin, les Epoux Corollaire, le Sieur Quérulent, le Sieur Vindicatif (à ne surtout pas confondre avec la jurisprudence Lin Dicativ) ou la Dame Tipeixe qui suscite régulièrement le doute chez les étudiants à cause de sa proximité terminologique avec la bien plus célèbre affaire Blanco ».

Raoul eut une moue dubitative :

« Quelle est donc la technique pour retenir tout ceci ? Il doit bien y avoir une méthode ou une drogue… ».

Alphonse secoua la tête d’un air blasé et lui tendit un paquet de fiches bristol.

« Il faudra ficher ».

 

[Pour trente autres arrêts qui vous feraient aimer le droit administratif, voyez cet ancien billet].

Merci aux camarades du site Les Chevaliers des grands arrêts pour leur coup de pouce dans l'exploration des routes "secondaires" de France.

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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 11:49

http://img96.xooimage.com/files/7/7/5/indianavaloche-3f9c8d4.jpg

 

Chers aventuriers du droit (international),

 

Ce petit blog, constitué à l’origine pour répondre au défi d’une collègue, a aujourd’hui deux ans. Il a grandi et prospéré à l’instar d’un certain Raoul : plusieurs articles sur les concepts et institutions du droit international, quelques « Brèves de comptoir » sur l’actualité internationale, des dossiers sur les fictions, d’autres sur la vie universitaire avec l'objectif, toujours, de rendre le propos accessible aux non-juristes. Raoul sort progressivement de l’enfance, fait son entrée dans l’adolescence 2.0, commet quelques bévues mais tente globalement de s’améliorer, d’un point de vue plus qualitatif que quantitatif.

 

Cette longévité inespérée ne cesse de me ravir, d’autant plus que ce blog est une bouffée d’air frais dans mon quotidien de jeune chercheur. Je me dois donc de remercier d’une part les visiteurs, d’autre part les contributeurs occasionnels qui permettent de diversifier agréablement ce blog (comprendre : « contrecarrer mes théories fumeuses »). Je remercie aussi Overblog car il faut fayotter un peu (et il est pratique de ne rien avoir à payer lorsque l’on administre un blog qui ne nous rapporte rien).

 

J’ai longtemps réfléchi à ce que j’allais faire pour les deux ans du blog. Après une mûre réflexion j’ai trouvé ce que je ferais pour les… trois ans du blog, ce qui à défaut d'être utile laisse entendre que les trois ans seront épiques (?). Wait for it…


Réalisant que je pouvais difficilement égaler l’émission de radio élaborée l’été dernier (faute de temps, d’énergie et de chroniqueurs à martyriser), je me suis dit que j’allais faire moins bien MAIS transversal. J’ai alors hésité entre plusieurs procédés... sans réussir à les départager.

 

Pleutre, j’ai donc décidé de tout garder : de l’universitaire, du droit international, du droit tout court et du wtf, grâce au « Petit dictionnaire juridique du monde de Raoul », lequel n'a pas d'autre prétention que de revenir sur / compléter / approfondir nos aventures des derniers mois. J’espère que cela distraira utilement ceux d’entre vous qui lézardent sous les parasols et offrira une bouffé d’oxygène aux travailleurs estivaux :)

 

J’en profite pour vous prier de pardonner, par avance, la rareté de mes échanges avec vous au cours des quelques mois à venir. Thérèse et moi devons bientôt officialiser...

 

Un bel été à vous. N’oubliez pas vos K-way, on ne sait jamais.

 

Votre serviteur

 

A


Administratif : 1. Droit qui fait souvent souffrir à l’excès. Méthode efficace de réduction des effectifs étudiants dans les facultés de droit. Voir les statistiques relatives aux jurisprudences les plus fatales aux étudiants dans le manuel de Droit administratif de Laubrie, Montclerc, Sinarre, Michal et Létiole : CE, Société printanière Otto N. & Yves R., 30 février 1957 ; CE, Société commerciale Vincent Poursan et Alambic Dieudonné Corydon, 1960 ; CE, Communes Bouc Étourdi et Arnac-la-Poste, 2001 ; CE, Association des X-Men Interimaires du Lieu-dit Dasqualie, 2013 ; CE, Dame Stairedamme, 1968 ; CE, Commune Bouteÿ-alamaire, 1956 ; CE, Dame Ourédaufrêche, 1949 ; CE, Commune de Canarcourt-sur-Patte, 1984 ; CE, Les Chevaliers paysans de l'an mil au lac de Paladru, 1000.

2. Membre du personnel administratif. Voir « Administration ». 

Administration : Structure organisée pouvant garantir le succès ou la perte des membres du milieu universitaire. Est parfois fermée, généralement aux moments critiques.

Ambassade : Refuge pour Julian Assange et autres individus en cavale. Enceinte diplomatique, accessoirement.

Amphi : Lieu de torture cérébrale, toujours trop petit ou mal isolé. Rempli d’étudiants. On y capte parfois, plutôt rarement, le wifi.

Anne-Paquerêtte : Petite amie récurrente de Raoul durant son adolescence, dans le genre Loïs et Clark ou Ross et Rachel. Sort parfois avec Alexandre Van Der Carpe pour faire bisquer Raoul. Ses ennemis (et Hervé Valoche) l’appellent « Anne PQ ».

Arme : Obsession récurrente de l’auteur de ce blog, surtout lorsqu’elle fait l’objet d’un traité (bim et bim). Voir également « Stylo rouge ».

Arnold : Voisin de la famille Valoche, riche et marié à une femme d’origine asiatique nommée « Seïji » (voir « CIJ »). Son 4x4 fait la taille du salon des Valoche. Gentil mais pédant et bien trop musclé.

 

B


Belle-maman : Amicus curiae indésirable. Aurait souri pour la dernière fois en 1993.

BMIJ : « Barbecue-Margarita Inter-Juristes » organisé chez Hervé Valoche à intervalles réguliers. Tourne toujours en querelle doctrinale. Prononcer « Bémij ».

Bonne foi : 1. Concept juridique étudié exclusivement lorsqu’il est violé. 2. Facteur de dissension au sein du couple.

 

C

 

Canards Albinos : Champ matériel d’application du Traité sur la protection des… Voir le COUIN.

Cas pratique : Exercice dont la correction tourne généralement mal. Moyen pour les étudiants de torturer leurs enseignants. Voir des exemples ici.

Charles Rousseau : Nom d’un célèbre juriste en droit international et d’un concours éponyme de procès simulé en droit international, auquel ont participé Hervé puis Raoul. Origine indirecte de la naissance de Raoul.

Chef d’Etat : Mec qui, lorsqu’il fait une gaffe, entraîne tout un peuple dans sa chute.

CIJ : Juridiction internationale. On y règle ses comptes entre Etats ou entre voisins, selon les cas.

Clos aux merles : Ecole primaire de Raoul Valoche. Lieu d’expérimentation de différentes théories sur les organisations internationales (ONU, OMC, etc.). La classe de Raoul semble y faire sa loi. Voir l'exemple des Casques Bleu.

Clos du Lotus : 1. Quartier pavillonnaire à la Wisteria Lane dans lequel vivent les familles Valoche, Van Der Carpe, Tronbe, Seveso, Salini et alii. 2. Lieu d’expérimentation de différentes théories sur les territoires et compétences des Etats. 3. Lieu de conflits botaniques où les nains de jardin semblent proliférer.

Colloque : Evènement thématique qui précède un cocktail. Facteur de rassemblent de copains juristes, à distinguer du « BMIJ » (voir supra).

Cour d’appel de Riom : Juridiction « lol » pour un juriste.

Cujas : 1. Temple du droit, lieu d’ascèse ou de drague. 2. Passage (obligé) de répression organisée pour de nombreux jeunes juristes innocents. 3. Lieu de manifestation d’un micro-climat surnaturel. Voir « Météo ».

 

D

 

Depardieu : Elite migratoire. Incontinent dès qu’il prend l’avion.

Douze : Bonne note, en droit.

Droit : Si tu n’en fais pas, tu es moins bien que moi.

Droit international : Raison d’être de ce blog. Matière noble que l’on commence généralement à étudier en espérant devenir ambassadeur, Secrétaire général des Nations Unies ou dans le but d’obtenir une quelconque immunité diplomatique / fonctionnelle. Spécialité d’Hervé Valoche, Raoul Valoche, Sabrin Rochas, Jeanne Duhaprès, Edouard Starque, etc. Les juristes de la discipline sont généralement les plus funky de la faculté.

 

E

 

Edouard Starque : Maître d’Hervé Valoche et de Sabrin Rochas. Ponte du droit international, originaire de Picardie.

Enseignant en droit : Bourreau et victime des étudiants en droit. Catégorie englobant les profs, maîtres  de conférences, chargés de TD (quelle que soit leur légitimité).

Etudiant en droit : Sujet d’étude – autant que visiteur – récurrent de ce blog. Bourreau et victime des enseignants en droit. Relève du divers et du varié. Tente parfois le suicide universitaire par envoi de mail.

Eurovision : Terrain d’expérimentation et d’analyse de la géopolitique sous un angle a priori musical. Voir la Théorie de Jarod Sakay.

 

F

 

Facebook : Lieu chronophage dédié au débat juridique en plus de 140 caractères. Enseignants et étudiants s’y font parfois Spotted malgré eux, voir « Spotted » infra.

Fiction : 1. Biais télévisuel ou cinématographique employé par Hervé Valoche et ses comparses pour développer des théories fumeuses en droit. Voir les dossiers Fiction et Droit international I et II, ou les analyses (voire les dissidences) sur le Seigneur des Anneaux. 2. Divertissement récupéré par l’étudiant en streaming ou en torrent lorsqu’il souhaite sacrifier ses notes de partiels.

Fiscaliste : Guilde de juristes ayant des connaissances mathématiques, contrairement aux autres. Bouc-émissaires récurrents des autres juristes.

Frappe Valoche : Réaction appropriée à une aberration juridique. Tout visiteur du blog est titulaire de son droit d’usage, en cas de besoin.

 

G

 

Gereremayeh : Fête religieuse du Huberistan (25 décembre) à l’occasion de laquelle les enfants du royaume sont au service de leurs parents du lever jusqu’au coucher du soleil. On y mange généralement des beignets d’asperge.

 

H

 

Hervé Valoche : Juriste en droit international, consultant juridique irrégulier, probable enseignant en université, auteur présumé du blog. Père de Raoul et Jacques, époux de Lucie, fils de Pierre et Martine. Cynique un peu soupe-au-lait qui fait parfois le mal pour parvenir au bien. A décidé que tout le monde devait comprendre le droit international, de gré ou de force.

Huberistan : Patrie de Selim, le camarade d’adolescence de Raoul (voir « Selim »).

 

I

 

Instagram : Procédé permettant de rendre un Code civil ou un colloque sur la subjectivisation de la cause, beaucoup plus sexy.

 

J

 

Jacques Valoche : Second fils de Raoul. Geek profond, niveau 97. Poste parfois sur le blog dans le cadre des « Brèves de comptoir » réalisées pour son projet personnel de 4ème. Ne veut surtout pas devenir juriste.

Juriste : Voir encadré infra. Cette entrée mérite développement :

Un vrai juriste…

1. …porte ostensiblement un ouvrage de Droit sous le bras, afin de dévoiler au grand public sa nature profonde de juriste dans le bus 318 (règle d’Atlas).

2. …, lorsque vous lui demandez ce qu’il fait dans la vie, répond qu’il est juriste, précise sa spécialité, son niveau, sa dominante et sa fac, bien que vous ne lui en demandiez pas tant (règle de l’ECTS).

3. …ponctue sa phrase de termes latins terriblement dispensables tels que « in fine » (règle de l’in fine).

4. …déclenche et participe à des débats qui n’intéressent que lui et ses confrères juristes, tel que celui relatif à la subjectivisation de la cause. De quoi mettre l’ambiance à table au dîner de tata Huguette (règle de la réforme sur la fiscalité du patrimoine).

5. …invoque la théorie des vices cachés s’il réalise s’être fait entuber après avoir acheté un vêtement (règle de Tati).

6. …traverse la route alors qu’un bolide menace de griller le feu rouge et annonce à ses compagnons (alertés) que s’il meurt il sera dans son droit grâce au régime de 1985 (règle de « je suis mort mais tu avais tort »).

7. …traite les journalistes d’ignares lorsque ces derniers n’utilisent pas les termes adéquats (règle de Pujadas).

8. …voit la proportion de juristes grimper en flèche dans ses soirées d’anniversaire, crémaillère, etc. au fil des années, au point que les gens normaux deviennent rapidement minoritaires (règle de la soirée traquenard).

9. …y réfléchit à deux fois avant de porter un T-shirt pour se rendre à la fac, de peur d’être jugé par ses pairs (règle de la Fashion Police).

10. …est souvent devenu juriste à cause d’Ally McBeal, Engrenages, Law and Order ou Boston Legal… et a été grandement déçu en découvrant leurs équivalents français (règle de l’exception culturelle).

11. …invente des faux arrêts de droit administratif pour rigoler avec ses confrères juristes (règle de l’arrêt Notre Dame de la Murge).

12. …connaît les – foireuses – soirées inter-juristes (règle de la Night « Law Me, I’m Famous »).

13. …déçoit toujours les non-juristes qui, ivres, s’évertuent à lui poser des questions sur tout sauf sur son domaine de spécialité. Règle non applicable aux juristes de droit social qui font l’objet de considération parmi leurs proches (règle du « Dis Alceste, vu que tu fais du droit… »)

14. …vous fera d’ailleurs perdre un temps considérable s’il commence à s’interroger sur les dissensions doctrinales relatives à la question que vous lui avez posée (règle de l’approche dualiste).

15. …subit de grands moments de solitude lorsqu’il est le seul à s’extasier devant l’apparition télévisuelle de Robert Badinter ou tout autre juriste célèbre assimilé/assimilable (règle du pygmalion sectaire).

16. …, lorsqu’il est de sexe masculin, est l’un des rares hommes à se réjouir à l’idée de porter un jour une robe (règle du travestissement).

17. …, se dispute en deux parties, deux sous-parties (règle du Stocri).

18. …n’a pas la même vision du « X » que la population normale (règle du fétichiste de l’inconnu).

19. …conspue les autres catégories de juristes, alternativement considérés comme planqués/carriéristes/rigoristes/hippies/avides/ennuyants/fétichistes des poneys, etc (règle des ethnies juridiques).

20. …aime placer dans des phrases un mot qu’il n’avait encore jamais entendu la veille, tel que « subséquemment » ou « péripatéticienne » (règle du petit Robert).

21. …se considère comme un bon parti pour les non-juristes (règle de Greg le Millionnaire).

22. …parvient à clasher autrui durant cinquante commentaires sous un statut Facebook, au sujet d’une divergence doctrinale, alors que le statut précité annonçait l’adoption par son auteur d’un chaton nommé « Peanut » (règle du monomaniaque).

23. …a appris à réprimer son ego lorsqu’il a eu ses toutes premières tôles en fac de Droit (règle du 4 sur 20).

24. …sait, du coup, ce que vaut un 12 sur 20 (règle du 16).

25. …a fréquenté régulièrement (ou au moins entendu parler de) la bibliothèque ultime des juristes français dont les températures extrêmes sont légendaires (règle de Cujas).

26. …a déjà critiqué les juges d’une juridiction suprême française, « individus décadents pas fichus de faire convenablement un syllogisme juridique » (règle de l’incompétence des juges).

27. …sait ce qu’est un syllogisme juridique (règle de Socrate le chat).

28. …décortique très souvent, du début à la fin, les termes contractuels de sa carte de fidélité Super U, au grand dam de la caissière (règle du monomaniaque II)

29. …a perdu un dixième de sa vision ou 10% de sa capacité d’écriture, ou les deux, au cours de ses études (règle du rescapé de guerre).

30. …a déjà menti, triché, trompé ou volé pour réussir ses études de droit (règle du cas pratique mangé par Choupette).

31. …connaît la valeur d’une nuit de huit heures de sommeil.

32. …utilise « en l’espèce » lors d’une discussion relative au dernier épisode de « L’Amour est dans le Pré » (règle de la déformation professionnelle).

33. …a souvent commencé à fumer et/ou à boire durant ses études sous l’effet d’un stress excessif et continu (règle du « Thank you for smoking »).

34. …a compris et réfléchi à toutes les implications juridiques de la constitution de la Communauté de l’Anneau, malheureusement pour ses amis non juristes (règle du Hervé Valoche).

35. …sait assimiler 500 pages en une nuit… ou du moins feindre de l’avoir fait (règle du ‘Précis’ Dalloz).

36. …ricane d’ailleurs lorsqu’on évoque en sa présence la longueur excessive d’un roman (règle de l’Ordre du Phoenix)

37. …est peut-être un membre du gouvernement précédent.

38. …a une opinion très claire sur « stipule »/ « dispose » et est prêt à couper la main d’autrui pour défendre son point de vue.

39. …sait que jamais poète n’a interprété la nature aussi librement qu’un juriste la réalité (règle de Busiris).

40. …se caresse le menton et prend un air de concentration intense lorsque le Garde des Sceaux prend la parole dans les médias.

41. …a une appréhension beaucoup moins agréable du mot « revue » que la moyenne de la population.

42. …sait très bien que le droit n’est pas juste.

Jus Cogens : 1. Fiction juridique passe-partout. On en entend parler mais on ne l’a jamais vu, un peu comme l’arlésienne. Voir « Père Noël ». 2. Nom de l’arme ultime du jeune juriste en droit international, un peu comme la Master Sword ou Masamune.

 

L

 

La Haye : Terre sainte du juriste en droit international.

Lucie Valoche : Epouse d’Hervé Valoche, cadre dans on ne sait quel domaine mais souvent en déplacement. Seule personne dont Hervé a peur. S’y connaît en droit international à force d’entendre des discussions dont elle se passerait bien.

 

M

 

Mariah Carey : Artiste Rn’B dont Raoul chante les chansons à tue-tête, roulé en boule sur son lit, lorsqu’il rompt. Voir « Anne-Paquerêtte ».

Météo : Elément déterminant si le juriste doit mettre un pardessus pour se rendre au cabinet / à l’université.

Meteo.jpg

 

O

 

Obama : Président des Etats-Unis. On lui pardonne pas mal de choses car il est cool, sait danser le shuffle et a obtenu un Prix Nobel de la Paix.

 

P

 

Pain au chocolat : Attribut essentiel de l’enfant en vertu des conventions internationales. On se le fait parfois voler.

Partiel en droit : Maillon faible géant. Moyen de faire de la place en amphi pour la rentrée suivante.

Pénaliste : Masochiste. Celui qui raconte les affaires les plus gore dans les soirées entre copains juristes.

Père Noël : 1. Règle coutumière dans de nombreuses cultures occidentales. 2. Hors-la-loi.

Piaf : Perroquet offert par Selim à Hervé pour le remercier de ses bons offices. Créature de l’enfer, comme devrait le démontrer un futur billet.

Pierre Valoche : Père d’Hervé Valoche, donc grand-père paternel de Raoul. Créature tyrannique, enseignant à la retraite. On le surnommait « Piervé » dans sa jeunesse, d’où le prénom d’Hervé.

Privatiste : Ennemi du publiciste.

Publiciste : Ennemi du privatiste.

 

R

 

Raoul Valoche : 1. Fils d’Hervé et Lucie Valoche. A différents âges selon les billets. Doté d’une intelligence juridique innée mais dépourvu de bon sens dans les autres domaines de la vie. Est apparemment destiné à devenir un brillant juriste. 2. Figure symbolique de l’étudiant en droit.

Rodez : Ville que semble mépriser Hervé Valoche depuis la survenance d’un évènement humiliant encore inconnu.

 

S

 

Selim : (ou Selim IV du Huberistan) Camarade de lycée de Raoul, venu pour un trimestre d’échange. Fait partie du groupe de copains composé de Raph’ Montclair et Linda Sicaro. Posé et pertinent, il est l’antithèse de Raoul. Est accessoirement issu de la royauté de son pays, qu’il est amené à diriger.

Souveraineté : Thème auquel l’auteur de ce blog refuse de consacrer un billet.

Sport : Hervé Valoche le regarde à la télé (surtout le tennis) mais ne le comprend pas toujours. Voir le cas du rugby.

Spotted : TV Réalité des facultés. Effet de mode semant la terreur parmi les chargés de TD.

Stylo rouge : Arme de destruction massive, attributs génocidaires. A causé la perte de l’auteur de ce blog.

Suzanne Delboeuf : Animatrice de la Matinale de RMT 2. A torturé Hervé Valoche à l’aide de son chroniqueur, Steeve.

Syrie : Truc honteux qu’on devra expliquer à nos descendants dans quelques années.

 

T

 

TBI : Ou « Traité bilatéral relatif à l’investissement » : Deal entre mères à l’occasion des goûters et anniversaires.

Tchernobyl (nuage) : Nuage toxique dévastateur mais respectueux de l’intégrité de la frontière française. Dans le même sens, voir l’incident de l’usine de fromage de chèvre du Huberistan.

Territoire : 1. Maison d’Hervé Valoche. Il y fait à peu près ce qu’il veut. 2. Notion mal maîtrisée par les autorités américaines.

Thèse : Compagne/compagnon du doctorant, en attendant mieux. Voir Thérèse.

Twitter : Lieu découvert récemment par les juristes. Moyen de prolonger les querelles doctrinales entre deux publications de photos Instagram (voir « Instagram », supra).

 

V

 

Van der Carpe : Famille rivale vivant dans le même quartier que les Valoche. On ne connaît pour l’instant que la mère (Morgane) et le fils (Alexandre). Ce dernier a été copain avec Raoul pendant quelques années avant la survenance d’un évènement humiliant...

Vernasi-Paquet : Grande famille de juristes. Trustent différents domaines du droit et semblent avoir des actions dans plusieurs maisons d’éditions. Feraient partie des franc-maçons.

 

X

Xbox : Console d’Herv… de Raoul et Jacques Valoche. Moyen virtuellement sanglant de régler les comptes entre père et fils quand on se lasse de Mario Kart.

 

Z

Zéro : Note éliminatoire. Résultat d’une copie blanche.

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 21:57

Ce billet est l'oeuvre d'un de mes anciens étudiants, outré que je ne connaisse pas les règles du rugby et déterminé à pourfendre cette injustice. Qu'il soit chaleureusement remercié pour le temps investi dans ce billet. "Ayé, j'ai compris".

 

« Papa, qu’est-ce que c’est… ».

 

Cette célèbre question, crainte et redoutée par tous les pères du monde (et sans doute ceux d’ailleurs), devient terrifiante lorsqu’ils ne connaissent pas la réponse.

 

Imaginez donc la réaction de Hervé Valoche lorsque son fils Raoul lui demande « Papa, qu’est-ce que c’est le rugby ? ». De vaines et longues années d’études, le savoir tiré de centaines de livres lus, analysés, assimilés, laissent place à une profonde solitude interne… En effet, une fois n’est pas coutume, Hervé ne connait PAS la réponse.

 

N’ayant aucune envie de passer pour un vulgaire Achille Talon (érudit sur tout mais incapable de répondre à une question simple telle que « Quel jour sommes-nous ? »), Hervé esquive admirablement la question par un « Et ta dissertation de droit administratif des biens, ça avance ? »

 

Désireux cependant de ne pas rester invaincu face à son fils, Hervé sollicite l’aide d’une de ses connaissances, Mael, qui accepte bien volontiers de lui expliquer le fonctionnement de ce sport « de brutes joué par des gentlemen » (selon l’adage).

 

Comme tous les sports le rugby a sa légende. La sienne commence avec William Webb Ellis, jeune élève de la Rugby School (dans la ville de Rugby, comme par hasard), des témoins à la fiabilité moindre ayant affirmé qu’il aurait, au cours d’un match de football en 1832, ramassé la balle à la main pour aller l’aplatir dans les buts adverses. La réalité est sans doute différente mais la légende est belle, d’autant plus que, bien des années plus tard en 1987 (année de la première Coupe du monde de rugby remportée par la Nouvelle Zélande… mais nous y reviendrons), l’équipe victorieuse se voit remettre The Webb Ellis Trophy. Un bien bel hommage au « créateur ».

 

rugby1.jpg

 

 

Après cette brève introduction, les choses sérieuses ont commencé.

 

Le rugby Niveau 1 (newbie)

 

Hervé : Je n’ai pas beaucoup de temps… Peut-on définir le rugby en une phrase ?

 

Mael : Erm… c’est difficile, mais on pourrait tenter un : « Le rugby est un jeu qui se joue à 15, et pendant le match les anglais trichent ».

 

Hervé : Cette doctrine me rappelle vaguement quelque chose …

 

Mael : Ne revenons pas sur les mauvais souvenirs de Séville 1982, ce n’est pas le sujet … MAIS SCHUMACHER A CLAIREMENT ATTAQUE BATTISTON !!

 

Hervé : Ah mais non… je faisais plutôt référence à un résumé de la dernière réunion du Conseil de sécurité. Du calme…

 

Bref, le rugby à XV (et on ne parlera que de celui-là), se joue à deux équipes de quinze.

 

Hervé : Logique im-pa-rable…

 

Mael : Difficile de faire plus simple en effet. Cependant, contrairement au foot – ce jeu de lâches anarchistes où le ballon peut aller dans toutes les directions – le rugby impose aux joueurs le contact physique.

 

Et pour cause : les joueurs de l’équipe A ne peuvent pas se situer avant celui d'entre eux qui est porteur de la balle. Pour avancer, l’équipe attaquante se doit donc de suivre / soutenir son porteur de balle.

Contrairement au foot donc, la ligne de hors-jeu ne se définit pas au niveau du dernier défenseur, mais bien de la balle en elle-même.

Contrairement au foot, à nouveau, la balle ne peut être passée d’un joueur à un autre que vers l’arrière. Pour aller vers l’en-but adverse, toute l’équipe doit donc avancer en diagonale afin de pouvoir se faire des passes et déborder l’adversaire. Simple jusque là non ?

 

Hervé : Oui… Vous disiez donc « lâches anarchistes » ?

 

 

Le rugby Niveau 2 (débutant)

 

Hervé : Et comment marque-t-on des points ?

 

Mael : Excellente question, car le but d’un sport est tout de même de gagner…. Même au curling… c’est dire.

 

Le rugby possède deux systèmes de points : les essais et les transformations.

 

Hervé : Deux systèmes de points ? Une approche dualiste comme en droit international ? Mais comment ça ?

 

Mael : J’y viens, ne soyez pas si hâtif Maître Hervé …

 

L’essai consiste pour le joueur de l’équipe attaquante à plaquer le ballon sur le sol de l’en-but adverse. C’est parfois très net quand l’attaquant est seul, parfois un peu plus difficile à voir quand il y a beaucoup de monde… Mais nous y reviendrons.

 

La transformation consiste, elle, à tenter d’envoyer (au pied) la balle entre les montants des poteaux (et au dessus de la transversale). Tout essai donne droit à une tentative de transformation, certaines pénalités aussi… mais là encore, nous y reviendrons …

 

Hervé : Je n’ai pas été aussi paumé depuis que j’ai tenté de comprendre pour la première fois les réserves aux traités.

 

Mael : Enfin, autre possibilité, le drop, à savoir une transformation durant une phase de jeu.

 

Hervé : Les règles de ce jeu sont diaboliques ! Comment compte-t-on ?

 

Mael : C’est très facile, chaque essai vaut 5 points, chaque transformation d’essai réussie en vaut 2.  Un « essai-tranformé » vaut donc 7 points. Les pénalités et les drops en valent 3.

 

Hervé : Les scores peuvent donc être très élevés…

 

Mael : En effet, un match Nouvel Zélande – Japon s’est fini à 145 - 17.

 

Inutile de dire que ce mode de jeu, toujours vers l’avant, favorise des matchs généralement plus rythmés que le foot. De même, les scores peuvent très rapidement changer une victoire en défaite… Encore plus rapidement qu’un France – Italie en 2000.

 

Hervé : Comment cela ?

 

Mael : Bah, imaginez un match serré, à 5mins de la fin, le score est de 22 – 27. Si l’équipe à 22 points mets un essai (+5 points), égalité. Si elle transforme (+2 points), elle gagne le match. La tension est à son comble, et c’est cela qui fait les beaux matches, un retour est toujours possible. En 2007, lors du match de coupe du monde France – Nouvelle Zélande, les Français étaient menés 3 – 13 à la pause. Ils ont finalement gagné par un score de 20 – 18.

 

Hervé : Ce devait être une belle deuxième période.

 

Mael : Non, c’était un beau match !

 

Hervé : Mais comment sont répartis les rôles au sein des équipes ? Tout le monde peut être… n’importe où ?

 

Mael : Bien sûr que non, c’est même très spécialisé. C’est l’objet de mon point infra d’ailleurs.

 

Hervé : Ah !! Infra ! Enfin un terme familier !

 

 

Le rugby Niveau 3 (confirmé)

 

Mael : Les équipes sont très spécialisées : chacun a son rôle, sa tâche, sa fonction.

 

Les premières, deuxièmes et troisièmes lignes par exemple sont des Tanks. Leur rôle est d’attraper l’aggro de l’équipe adverse. Ces lignes se caractérisent comme étant des « beaux bébés » (une centaine de kilo chacun environ). Ils sont appelés les Avants et sont numérotés de 1 à 8. Ils forment la mêlée (cf. infra).

Leur but est donc d’être l’opposition frontale qui stoppent les velléités adverses, ou au contraire d’être les béliers qui déchirent le rideau défensif (notamment le n° 8). Leur troisième rôle peut être de créer un « point de fixation » : pour faire simple, essayer d’immobiliser le plus de joueurs adverses pour créer un surnombre, c’est une « zone de ruck ».

 

rugby2.jpg.gif


Viennent ensuite les demis de mêlée (n° 9) et les demis d’ouvertures (n° 10). Ce sont ceux qui contrôlent le jeu. Le 9 organise, dirige la mêlée (cf. infra). Le n° 10, lui, contrôle et organise le jeu, les phases d’attaques (notamment au niveau des zones de rucks). C’est aussi généralement les 9 ou 10 qui tirent les pénalités et transformations.

 

Ensuite, les centres (n° 12 et 13), qui sont là pour perforer la défense par leur puissance physique. Ils sont grands, gros, et courent vite.

 

Hervé : Grand, gros et court vite. Ça me fait penser à ce ju…

 

Les ailiers (n° 11 et 14) doivent finir l’action engagée par les centres. Ce sont les marqueurs.

 

Enfin, l’arrière (n° 15), doit être assez polyvalent pour passer en attaque le cas échéant. Son rôle principal reste néanmoins de réceptionner le jeu au pied adverse et de faire une relance.

 

 

rugby3.png

 

 

Hervé : Cela fait beaucoup (trop) d’informations à assimiler…

 

Mael : Le plus dur est fait ! Il nous faut néanmoins finir.

 

 

Le rugby Niveau 4 (expert)

 

Mael : Le jeu se déroule donc par phases d’attaques successived (parfois plusieurs dizaines). Courses, rucks, replacement, rucks, replacement, rucks, replacement, percée, ruck etc etc.

 

Hervé : Mais quid des mêlées ?

 

Mael : Les mêlées sont des conséquences de pénalités. Par exemple, une faute de main (essayer de « voler la balle » à l’adversaire dans une zone de ruck sans avoir les deux pieds au sol ; ne pas se dégager d’un plaquage (pour empêcher la formation de la zone de ruck) etc, etc…

Ces types de fautes permettent d’obtenir une mêlée.

 

La composition de la mêlée est la suivante :

 

rugby4.jpg

 

L’équipe ayant obtenu la pénalité insère la balle au milieu puis les deux packs poussent pour garder ou voler la balle. Le 9 (demi de mêlée) guide la mêlée afin qu’elle ne tourne pas. Il existe des règles particulières, mais faisons simple pour le moment.

 

Les touches, quand à elle, se disputent en lignes parallèles, l’équipe ayant obtenu la touche ayant le lancer. Celui-ci se fait au milieu, entre les lignes, et que la meilleure équipe gagne.

Pour obtenir la touche, il faut que le ballon sorte du terrain. Attention, lors du jeu au pied, si le ballon sort directement, la touche à lieu à l’endroit du coup de pied. Si le coup de pied à lieu dans les 22m d’une équipe (un dégagement), l’équipe garde le lancer de la touche.

 

Hervé : Euuuuh

 

Mael : Pas d’inquiétude, après 2 ou 3 matchs, on comprend facilement.

 

 

Le rugby niveau 5 (bonus)

 

Hervé : Ah non ! Pas un niveau 5 !! J’ai déjà du mal à saisir ce qui a précédé !

 

Mael : Certaines actions se produisent parfois et je me dois d'en parler, même si elles sont peu importantes.

 

Hervé : Comme… ?

 

Mael : Le « mark ». L’équipe d’attaque joue au pied et la balle arrive dans les 22m de l’équipe de défense. Là, le 15 rattrape la balle en l’air, et une fois au sol, il crie « mark ! ». Cela provoque un renvoi au 22m (par jeu au pied).

Ceci permet au 15 de faire un « break » dans l’attaque et à son équipe de se replacer.

 

Hervé : D’accord, autre chose ?

 

Mael : Oui. Admettons qu’un joueur de l’équipe de défense soit acculé dans sa zone d’essai, il peut de lui-même aplatir la balle, ce qui provoque également un renvoi au 22.

 

Hervé : Encore une chose que l’on comprend à force de regarder… ?

 

Mael : Exactement.

 

Hervé : Et… vous parliez de la Nouvelle Zélande tout à l’heure, pourquoi ?

 

Mael : Tout simplement car il s’agit là de la meilleure équipe du monde. L’équivalent du Brésil pour le foot. Comme leur couleur est le noir, qu’ils jouent intégralement en noir, on les surnomme les All Blacks.

 

Hervé : Sans blague.

 

Leur haka (la danse polynésienne) est légendaire.

http://www.youtube.com/watch?v=tdMCAV6Yd0Y

Chant guerrier qui justement, annonce le combat à venir.

 

A noter que les Etats du Pacifique sont quand même parmi les meilleures équipes du monde, mais la première division se compose de 10 pays. Les 6 du Nord (le tournois des 6 Nations) que sont l’Angleterre, la France, l’Irlande, l’Ecosse, le Pays de Galles et l’Italie ; les 4 du Sud (le tournois des Tri-Nation (qui en compte 4…)) la Nouvelle Zélande, l’Australie, l’Afrique du Sud et l’Argentine.

 

Chaque équipe a son surnom :

La Nouvelle Zélande : les All Blacks

La France : les Bleus

L’Afrique du Sud : les Springbok

L’Angleterre : Le XV de la Rose

L’Argentine : les Puma (même si sur leur maillot il s’agit d’un Jaguar (pas de Puma en Argentine) petite coquille d’un journaliste sportif à l’époque).

L’Australie : les Wallabies

L’Ecosse : le XV du Chardon

Le Pays de Galles : les Diables Rouges ou le XV du Poireau

L’Irlande : le XV du Trèfle

L’Italie : la Squadra Azzurra  ou les Azzurri

 

 

Hervé : Le « XV du Poireau » ? Et on ne se fiche pas de leur gueule ? Et quid des points forts de notre équipe à nous ?

 

Mael : Et bien, si chaque équipe a sa spécificité, la France s’honore de son « French Flair » ou « le Beau Jeu » (en français dans le texte) comme disent les Anglo-Saxons. Concrètement, le XV français s’est fait connaître par son jeu fluide, élancé, rapide et très offensif. Mais plutôt qu’un long discours, laissons parler les images :

 

Donnée perdante face à l’Australie en demi finale de la première Coupe du monde de rugby en 1987, la France sort son plus beau jeu et marque cet essai => http://www.youtube.com/watch?v=JnzNxVpAXQw&feature=player_embedded#!

 

Mais l’exemple le plus parfait, le plus pur, reste ce qui est surnommé : « L’essai du bout du monde »  (The World’s End Try par les Anglais (qui trouvèrent le surnom)) voir « l’essai du siècle » : 1994, finale de Coupe du Monde, match retour de la finale de 1994. Du camp français à la ligne d’essai Blacks en 36 secondes. Attention, ça va très vite.

http://www.youtube.com/watch?v=KU5udRqi09Q

Bon, l’exploit ne suffira pas …

 

Il est amusant de noter que ce sont les Anglais qui qualifient l’essai de 1994 « d’essai du siècle ». Les autres nations lui préfèrent  le suivant :

http://www.youtube.com/watch?v=UVtk7a1OUI8

Il faut dire que ce superbe essai de Saint-André se fait au détriment des Anglais.

 

Pour conclure, traditionnellement, et comme au foot, la France est belle face aux grandes équipes. Ce qui fait que le XV arrive à battre les Blacks par exemple, comme lorsqu’au foot nous battons le Brésil.

Mais face à d’autres équipes, et par là je veux dire les Anglais, c’est comme si la France perdait ces moyens… Comme contre l’Italie en foot.

Sans se tromper, l’Angleterre et la France sont les meilleures équipes de l’hémisphère nord, et la rivalité millénaire avec notre meilleur ennemi ou notre pire allié (selon le point de vue adopté) se poursuit encore aujourd’hui, notamment à travers le rugby.

 

Une petite vidéo encore, florilège d’essais français, toujours sur le « french flair » :

http://www.youtube.com/watch?v=UVtk7a1OUI8

 

Enfin, pour paraphraser les supporters du XV du Chardon : « I support France and whoever play against England » ;)

 

Billet rédigé par "Mael"

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 23:34

profflash

 

Ceci est une histoire vraie vécue par votre serviteur il y environ six mois. Les faits n'ont absolument pas été romancés et constituent une bonne leçon pour tout chargé de TD non prévoyant.


Bref, j'avais des copies d'examen à corriger (je suis chargé de TD en Droit) et mon stylo rouge – ce vil traître – a décidé de me lâcher en plein milieu de la première copie. On était dimanche et tout était fermé. J'ai fait le tour des épiciers du quartier mais ils n'avaient que des stylos noirs. Stylos noirs. Noirs. Noirs. On aurait dit un cauchemar de Claude Guéant. Un type dans la rue m'a regardé alors que j’avais sans doute l’air paniqué et m'a dit :

 

« Tu veux de la beuh ? »

 

Je lui ai demandé s'il n'aurait pas plutôt des stylos rouges en stock. Il m'a dévisagé comme si j'étais drogué.

J'ai envoyé un sms à mes collègues pour les faire profiter de ma mésaventure ridicule. Ils ont tous validé le fait que c'était une mésaventure ridicule. Un ami-collègue m'a immédiatement appelé et dit :

 

« Je t'en ramène un en moto si tu veux! »

 

J'ai hésité mais ai décliné l’offre pour ne pas abuser de sa bonté. Un autre ami m'a dit : « Passe en chercher un! »

L’ami était à dix minutes en métro. Bon calcul. J'ai dit « J'accours!!!! » (littéralement) et suis donc sorti pas rasé, affublé d’un pantalon naze, d’un T-shirt de pyjama « Washington » et ai pris le métro. Peu importait ma tenue, je partais pour vingt minutes maximum.

 

Que je croyais.

 

Je suis arrivé à destination et ai commencé à attendre mon camarade en bas de l'immeuble. Une dame à l'accent « rebeu » très cliché a alors traversé la rue pour me demander si je pouvais l'aider à déplacer un vieux monsieur, de son lit vers son siège de confort.

 

Ma première voix intérieure a dit « Tu vas mourir ».

 

Ma deuxième voix intérieure a dit « Sérieux, tu vas mourir ! »

 

La dame m'a fait un grand sourire. J'ai dit oui, puis ajouté « attendez une seconde on doit me descendre… un stylo rouge ». Mon camarade est descendu entre temps, m'a filé un stylo rouge en rigolant. Je lui ai discrètement indiqué que je me rendais dans l’immeuble d’en face avec une dame inconnue histoire qu’il sache… au cas où je ne reviendrais pas vivant. J'ai rejoint la dame de l’autre côté de la rue, on est monté dans l'ascenseur direction le 7ème étage et elle a commencé à me raconter sa vie. Je me suis dit que si on me retrouvait mort avec ce T-shirt « Washington » les gens rigoleraient bien.

 

On est arrivés dans l'appartement. J'ai senti une odeur bizarre et mes deux voix intérieures m'ont dit « Tu vois on te l'avait dit ». Elle m'a dirigé vers la chambre de son père. J'ai vu qu'il était en couche. J'ai souri nerveusement. Il m'a regardé bizarrement. J'ai souri normalement. Il a eu l'air rassuré. J'étais mortifié. La dame m'a expliqué comment le déplacer et m'a demandé de bien faire en sorte qu'il ne glisse pas du lit en lui soutenant le bassin pendant qu'on le déplaçait. Premier contact avec une couche pour adulte. Le « vieux » n’était pas d'humeur. Sa fille l'a grondé. Il s'est braqué. Il m'a regardé l'air de dire « C'est toujours comme ça avec elle ! ». Elle m'a dit : « Soutenez-le bien au niveau du dos ». J'ai vu que la couche faisait mine de glisser et j'ai intérieurement hurlé :

 

« Nooooooooooooon ! ».

 

La couche a miraculeusement tenu. On a réussi à l'asseoir. Je me suis rappelé que j'avais un stylo rouge dans la poche, une montagne de copies à corriger et j'ai fait :

 

« Bon baaaah.... »

 

La dame m'a raconté la vie du vieux. Je lui ai demandé comment elle faisait d'habitude pour le déplacer. Erreur fatale : elle m'a encore plus raconté sa vie et expliqué qu'en temps normal il arrivait à marcher un peu. Le vieux soupirait d'ennui. Elle m'a dit que si je n'étais pas pressé le vieux pourrait peut-être faire quelques pas pour me montrer. Elle m'a demandé si j'étais pressé. J'ai dit : 

 

« Oui... un peu... enfin... ».

 

Elle a demandé au vieux s'il voulait faire quelques pas. J'ai pensé « DIS NON ! DIS NON ! ». Il a dit oui. On a dû le remettre debout pour qu'il fasse quelques pas. Il a marché. Il avait l'air content. Elle avait l'air content. J'étais donc content.... jusqu'à ce que je voie qu'il fallait qu'on le soutienne de nouveau pour le ramener à sa chaise. « Enfer, encore la couche ».

 

J'ai demandé si elle avait encore besoin de moi. Elle m'a remercié, dit qu'elle m'avait repéré en train d'attendre dans la rue et s'est dit que c'était à moi qu'il fallait demander de l'aide parce que j'avais l'air souriant. J'ai été flatté. Puis j'ai essayé de me rappeler ce que je faisais dans la rue à attendre comme un con quand elle m'avait repéré. Le stylo!

 

Je venais de passer une heure dans un appartement inconnu avec une dame inconnue et un vieil inconnu en couche-culotte. Le temps de rentrer j’en aurais perdu deux (des heures). En somme aucune copie corrigée ce soir. J'aurais pu attendre le lundi matin pour un stylo.

 

Bref, mon stylo rouge m'a lâché.

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8 janvier 2013 2 08 /01 /janvier /2013 21:23

Face à la faiblesse de la France, Nation irresponsable, qui en n’étant pas réceptive au spleen de ses artistes les mieux lotis risque de compromettre son rayonnement international et de perdre la frange la plus productive de sa population.

 

Face à l’incompétence des médias nationaux français, lesquels manquent de rigueur et de professionnalisme en ne détaillent qu’heure par heure le flux migratoire des élites artistiques françaises, là où un suivi au quart d’heure eût été plus conforme aux prescrits internationaux.

 

Face à la détresse de la Communauté internationale, laquelle se réjouit d’accueillir bientôt un flux massif de people français mais reconnaît avec embarras ne pas disposer des armes nécessaires pour préparer le digne accueil de ceux-ci.

 

Conscient de la responsabilité qu’a ce blog en termes de sensibilisation du public au droit international.

 

Propose cette série de mesures :

 

- L’extension du mandat de l’Organisation internationale pour les Migrations grâce à la création d’un organe spécifique dont la fonction sera de développer des standards de protection dans le domaine de la migration des élites. Une task-force pourra, à ce titre, être constituée afin de déterminer la mission première de ce nouvel organe ainsi que sa dénomination.

 

- Dans la foulée de la création de ce nouvel organe, le développement du concept de « réfugié artistique » pour les élites contraintes de quitter le pays dont elle ont la nationalité ou dans lequel elles ont leur résidence habituelle, par crainte d’être persécutées du fait de leur revenu excessif, syndrome de la page blanche, défaut de vitrine médiatique, déception suite à l’élection d’un président du parti opposé, addiction pour la marque Louboutin, accointances dictatoriales, anatidaepohibie, et qui ne peuvent ou ne veulent se réclamer de la protection de leur pays ou y retourner en raison de ladite crainte.

 

- La mise en place de recommandations ciblées à l’encontre de la France afin de favoriser la couverture réactive par les médias de tout flux migratoires des élites. La constitution d’antennes AFP au sein de chaque Préfecture de Police apte à délivrer des passeports, ainsi qu’un partenariat renforcé entre rédactions et ambassades/consuls étrangers, devront être privilégiés.

 

- La mise en place de procédés de vote ou de consultation populaire permettant la désignation, tous les six mois, d'élites méritantes qui seront, immédiatement et par frêt collectif, envoyées à l’étranger afin d’y subir un traitement plus favorable.

 

Déclare demeurer saisi de la question...

 

... ou pas.

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